Ce matin, en arrivant au magasin, surprise: môssieur l'Artiste était là!
Petit flashback: môssieur l'Artiste est petit, rondouillard, à moitié chauve, rougeaud, gluant de fausse sympathie, bavard, le plus souvent habillé de short à carreaux, les chaussettes remontées bien haut sur les mollets. Il y a plus de dix ans, c'était un client habitué, de ceux qui viennent fouiller nos rayons chaque jour. Il se présente comme un grand artiste, érudit. Il proposait à toutes les filles de poser pour lui! Nues, bien entendu...
Il agace... Et pas que moi! Il agaçait plein de monde à l'époque!
Un jour, il a trifouillé des trucs bizarres avec des bouquins qu'il venait de vendre et qu'il voulait racheter. On n'a pas vraiment compris où il voulait en venir, mais c'était l'occasion rêvée, et on lui a demandé de sortir du magasin et de ne plus y revenir.
Le lendemain, revoilà môssieur l'Artiste, la bouche en cœur, qui vient voir mon boss pour lui dire, devant moi: "Elle ne m'aime pas parce qu'elle m'a fait des avances que j'ai refusés. Depuis, elle cherche à se débarrasser de moi!" Mon boss ne l'a bien sûr pas cru, mais il a tellement rit (je ne sais pas si c'était de l'histoire en elle-même ou de mon air choqué) qu'il a autorisé le môssieur à revenir faire ses emplettes chez nous.
J'étais dégoûtée!!!
A partir de ce moment-là, dès qu'il m'adressait la parole, j'étais en mode "super désagréable" (c'est un jeu que j'adore et je fais ça très bien!). J'étais infecte, immonde, je prenais tout le monde à témoin, je racontais son histoire ridicule à qui voulait l'entendre, je ne le lâchais pas! Et, en grand bavard, il s'obstinait à m'adresser la parole...
Après une grosse année, il m'a écrit une lettre, pleine de grands mots et parfois totalement incompréhensible, qui en gros signifiait qu'il en avait marre que je sois désagréable et qu'il aimerait que je lui foute la paix car il ne comprenait pas les griefs que j'avais à son égard.
Quand je l'ai croisé quelques jours plus tard, je lui ai simplement dit: "Non seulement, je ne veux pas que vous me parliez, mais, en plus, je ne veux pas que vous m'écriviez!" et, là, il a pété un plomb: il est devenu tout rouge, et a hurlé dans le magasin en agitant ses petits doigts boudinés: "Salope, pétasse, sale pute, grognasse" etc. Jamais il n'avait été vulgaire jusque là, mais son vocabulaire était plutôt bien étoffé... Moi, je me régalais: deux de mes boss l'ont pris par les bras et l'on gentillement raccompagné sur le trottoir. J'avais gagné!
Depuis, il est interdit d'entrée. Il peut toujours essayer les jours où je ne bosse pas, mais quand je suis là, il n'a aucune chance de flâner dans nos couloirs!
Ce matin, il était là avec vingt minutes d'avance. Il me regardait avec un petit sourire satisfait. Je me suis chargée de le lui effacer dès qu'il a franchit la porte! Je l'attendais et lui ai fait faire demi-tour directement! Il a demandé mon nom, pour aller porter plainte, et m'a dit: "On se voit tout à l'heure, chez les avocats!" Hihihihi, j'adore!
De manière générale, j'adore nos clients: je peux compter sur les doigts d'une main ceux qui m'énervent et dont je me passerais volontiers! Il y a donc môssieur l'Artiste, la princesse (une vieille emmerdeuse qui vient mendier des livres presque tous les jours entre deux Cara sur le banc d'en face. Son erreur: abandonner certains livres dans la rue et le fait que ce ne soit pas une cliente: elle ne vend pas, elle n'achète pas!), et la baronne (une autre vieille, qui s'entendrait à merveille avec môssieur l'Artiste, bavarde comme une pie et qui essaye d'entamer la conversation avec tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard! Son erreur: quand je suis revenue de mon congé de maternité, cette dame que je n'avais jamais vue s'est présentée à moi comme une grande habituée, qui connaissait bien les patrons, et qui était au magasin comme chez elle. C'est chez moi, ce magasin, et les clients sont des invités, pas des habitants! Non mais...).
Trois clients qui m'enquiquinent sur les centaines de personnes qui viennent régulièrement, ça va, non?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire