Mon refuge - seconde partie après des années d'absence... Parce que, parfois, ça fait du bien de crier au monde entier ce qu'on a sur le coeur, et tant pis si le monde entier n'écoute pas, ça soulage quand même!!! ;)
jeudi 28 mai 2015
Ces clients que j'aime...
Petit flashback: môssieur l'Artiste est petit, rondouillard, à moitié chauve, rougeaud, gluant de fausse sympathie, bavard, le plus souvent habillé de short à carreaux, les chaussettes remontées bien haut sur les mollets. Il y a plus de dix ans, c'était un client habitué, de ceux qui viennent fouiller nos rayons chaque jour. Il se présente comme un grand artiste, érudit. Il proposait à toutes les filles de poser pour lui! Nues, bien entendu...
Il agace... Et pas que moi! Il agaçait plein de monde à l'époque!
Un jour, il a trifouillé des trucs bizarres avec des bouquins qu'il venait de vendre et qu'il voulait racheter. On n'a pas vraiment compris où il voulait en venir, mais c'était l'occasion rêvée, et on lui a demandé de sortir du magasin et de ne plus y revenir.
Le lendemain, revoilà môssieur l'Artiste, la bouche en cœur, qui vient voir mon boss pour lui dire, devant moi: "Elle ne m'aime pas parce qu'elle m'a fait des avances que j'ai refusés. Depuis, elle cherche à se débarrasser de moi!" Mon boss ne l'a bien sûr pas cru, mais il a tellement rit (je ne sais pas si c'était de l'histoire en elle-même ou de mon air choqué) qu'il a autorisé le môssieur à revenir faire ses emplettes chez nous.
J'étais dégoûtée!!!
A partir de ce moment-là, dès qu'il m'adressait la parole, j'étais en mode "super désagréable" (c'est un jeu que j'adore et je fais ça très bien!). J'étais infecte, immonde, je prenais tout le monde à témoin, je racontais son histoire ridicule à qui voulait l'entendre, je ne le lâchais pas! Et, en grand bavard, il s'obstinait à m'adresser la parole...
Après une grosse année, il m'a écrit une lettre, pleine de grands mots et parfois totalement incompréhensible, qui en gros signifiait qu'il en avait marre que je sois désagréable et qu'il aimerait que je lui foute la paix car il ne comprenait pas les griefs que j'avais à son égard.
Quand je l'ai croisé quelques jours plus tard, je lui ai simplement dit: "Non seulement, je ne veux pas que vous me parliez, mais, en plus, je ne veux pas que vous m'écriviez!" et, là, il a pété un plomb: il est devenu tout rouge, et a hurlé dans le magasin en agitant ses petits doigts boudinés: "Salope, pétasse, sale pute, grognasse" etc. Jamais il n'avait été vulgaire jusque là, mais son vocabulaire était plutôt bien étoffé... Moi, je me régalais: deux de mes boss l'ont pris par les bras et l'on gentillement raccompagné sur le trottoir. J'avais gagné!
Depuis, il est interdit d'entrée. Il peut toujours essayer les jours où je ne bosse pas, mais quand je suis là, il n'a aucune chance de flâner dans nos couloirs!
Ce matin, il était là avec vingt minutes d'avance. Il me regardait avec un petit sourire satisfait. Je me suis chargée de le lui effacer dès qu'il a franchit la porte! Je l'attendais et lui ai fait faire demi-tour directement! Il a demandé mon nom, pour aller porter plainte, et m'a dit: "On se voit tout à l'heure, chez les avocats!" Hihihihi, j'adore!
De manière générale, j'adore nos clients: je peux compter sur les doigts d'une main ceux qui m'énervent et dont je me passerais volontiers! Il y a donc môssieur l'Artiste, la princesse (une vieille emmerdeuse qui vient mendier des livres presque tous les jours entre deux Cara sur le banc d'en face. Son erreur: abandonner certains livres dans la rue et le fait que ce ne soit pas une cliente: elle ne vend pas, elle n'achète pas!), et la baronne (une autre vieille, qui s'entendrait à merveille avec môssieur l'Artiste, bavarde comme une pie et qui essaye d'entamer la conversation avec tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard! Son erreur: quand je suis revenue de mon congé de maternité, cette dame que je n'avais jamais vue s'est présentée à moi comme une grande habituée, qui connaissait bien les patrons, et qui était au magasin comme chez elle. C'est chez moi, ce magasin, et les clients sont des invités, pas des habitants! Non mais...).
Trois clients qui m'enquiquinent sur les centaines de personnes qui viennent régulièrement, ça va, non?
mardi 26 mai 2015
Le téléphone
Ca les énerve souvent, ça, mais bon, on n'a vraiment pas le choix... Si on devait aller chercher en magasin tout ce qu'on nous demande au téléphone ou par e-mail, on devrait avoir un employé à temps plein rien que pour ça: les demandes de ce type n'arrêtent jamais!!! Un jour, un mec m'a répondu: "Sans aucun répertoire de votre stock, votre magasin ne tiendra pas trois semaines! On est au XXIème siècle!!!" C'était il y a huit ans, et le magasin existe depuis plus de 60 ans, sans répertoire, tout simplement car nous achetons des milliers de livres chaque jour, dont beaucoup d'anciennes éditions d'avant l'arrivée des codes barres, et, cette fois, ce sont plusieurs employés à plein temps qui seraient nécessaires pour encoder toutes les entrées et toutes les sorties. Nous ne sommes pas dans un type de magasin qui peut se permettre d'avoir un détail du stock, c'est tout! Aujourd'hui, on m'a dit: "Ben à quoi ça sert que vous ayez un téléphone alors?" Ben, franchement, parfois, je me le demande... Sans doute pour que le Prof puisse téléphoner à sa môman et à son amoureux!
Si on a du monde, on expédie en vitesse: priorité aux personnes qui se déplacent!
Mais, si on a le temps, on savoure, on discute, on rentre dans le jeu, on les plaint, ils adorent!
Et, aujourd'hui, quand le Prof a répondu au téléphone, à sa façon à lui, avec sa manière de parler si particulière qui fait craquer toutes les vieilles femmes en lui donnant des airs de gendre parfait, et qu'il a mit le haut-parleur pour nous faire profiter pleinement de la conversation, il m'a fait pleurer de rire!
samedi 23 mai 2015
Les interdits!
Les interdits, ce sont les livres que nous ne pouvons pas acheter, soit parce qu'on en a trop, soit parce que ça ne se vend plus.
Parfois, quand les clients nous entendent dire "Non, prends pas ça, c'est un interdit!", ils sont choqués, pensant à tort que nous faisons de la censure. Mais non, c'est simplement que, comme leur logement, notre magasin n'est pas extensible et on ne garde que ce qu'on espère pouvoir revendre.
Pour retenir quels sont ces interdits, on a plusieurs méthodes: parfois c'est visuel, parfois on trouve un moyen memotechnique. Par exemple, pour éviter d'avoir trop de Simenon, on ne reprend pas ceux qui ont une pipe sur la couverture (vieilles éditions poche); les éditions Nathan, c'est comme la bandaison: dur c'est bien, mou c'est nul; pour les éditions Luc Pire, tout est dans le nom... Ca ne veut pas dire que ces ouvrages sont mauvais, juste qu'on a du mal à les vendre!
jeudi 21 mai 2015
mercredi 20 mai 2015
Mise en place
Les premières années, on rentrait par l'arrière du magasin. J'arrivais souvent parmi les premières, et j'adorais avancer dans les rayons, lumières éteintes. Pendant quelques minutes, il était à moi, et rien qu'à moi, avec tout son contenu. Puis, mes collègues arrivaient les uns après les autres. Un petit café, une dernière cigarette, et on ouvre la cage aux fauves.
Certains habitués attendent devant les portes à partir de 9h30, alors qu'on ouvre qu'à 10h. Il y a des rumeurs qui circulent, il paraîtrait qu'il faut venir chez nous le jeudi matin par exemple, comme si on travaillait la nuit... Dès que les portes sont ouvertes, ils se ruent à l'intérieur à toute vitesse, renversant tout sur leur passage!
Et la journée commence... Chacun son boulot: on achète, on trie, on note les prix, on range les rayons. et ça n'a rien de monotone, car un livre n'est pas un autre, car chaque bibliothèque est différente. Enfin, chaque vraie bibliothèque, je ne parle pas de celle de la grand-mère belge, abonnée à France Loisirs et Time Life, qui a des tonnes de Danielle Steel, d'encyclopédies Cousteau ou "de beaux ouvrages, avec des belles reliures avec de l'or dessus (ce qui veut dire Reader's digest ou Editions du XXème siècle, youpie!)". C'est triste à dire, mais les bibliothèques qu'on préfère sont souvent celles des morts qui ont des héritiers vénaux et analphabètes. Les gens qui aiment lire viennent nous vendre ce qu'ils n'ont pas aimé, pour faire de la place ou avoir un peu d'argent. Ceux qui n'aiment pas lire nous amènent ce qui traîne depuis des années dans des caves ou des greniers sans que personne n'en ai pris soin, Les héritiers vénaux et analphabètes ne pensent qu'aux gains éventuels, et se font un plaisir de jeter tous les bouquins du grand oncle (un peu illuminé et qui a étudié l'histoire dans son jeune temps de préférence) dans des caisses pour nous les amener. Et là, on aime!!! Ce sont ces achats là dans lesquels on peut faire des découvertes, entendez par là des livres moins courants, qu'on ne voit jamais et qu'on est content d'avoir!
Au départ, on m'a expliqué les tris, la façon de ranger le magasin, j'ai fait quelques tris poches et policiers pour me familiariser avec la marchandise, et, très vite, j'ai dû "coller" les acheteurs et j'ai eu "mes" rayons. A l'époque, il y avait Prunelle, M. et L. Ce sont eux qui m'ont le plus appris.
En soi, ça n'est pas très compliqué, mais il faut savoir ce qu'on peut acheter ou pas (en sachant justifier ses choix car certains clients sont pointilleux), et estimer notre prix d'achat (approximativement la moitié de notre prix de vente).
Les premières semaines, quand je les voyais faire les achats, rapidement, en déconnant entre eux ou avec certains clients, j'avais l'impression que je n'y arriverais jamais, mais c'est une question d'habitude et ça devient un automatisme: aujourd'hui, dès que je vois un livre, je sais si je peux l'acheter ou pas et à combien. Je ne dis pas que je pourrais le faire dans n'importe quel magasin, mais je connais le mien, je connais nos clients, je sais ce qui marche ou pas.
Certains ne comprennent pas nos choix, mais ce n'est qu'une question d'offre et de demande...
Le rythme des achats était beaucoup plus soutenu il y a dix ans. Il était très fréquent qu'on travaille à trois de front, non stop pendant des heures (avec une petite pause clope quand nos yeux commençaient à avoir du mal à faire la mise au point). J'adorais ça. Derrière ce comptoir, on était jamais seul, et il y avait tout le temps quelqu'un pour déconner.
M. était son bras droit. Il était acheteur, notait les grand format et les BD's. Son truc, c'étaient les antiquités, le théâtre, la littérature. Je n'ai malheureusement pas grand chose à en dire: il a été mon prof pendant deux ans (je le revois encore, les bras croisés, derrière moi, en train de vérifier mon boulot. C'était stressant et rassurant en même temps...), puis il a dû partir... Je le mentionne car si je parle du magasin, il sera forcément nommé, même si ça fait huit ans qu'il est parti. Encore aujourd'hui il me manque et je suis certaine qu'il a encore un paquet de choses à m'apprendre!
L. aussi n'a travaillé avec moi que deux ans. Son point fort, c'était la littérature jeunesse. Il m'a tellement tapé avec des "Cadou" que j'avais acheté alors qu'il ne le fallait pas que je n'en achèterai plus jamais!!! Ce type, il connaissait tous les livres, et pourtant il avait la taille et la tête d'un ado!
Pendant la même période, il y avait Marie. Elle, c'était ma bête noire... Il reste quelques coups de gueule à son sujet qui flottent dans les limbes d'internet, donc inutile d'en reparler, je ne suis là que pour évoquer les choses agréables.
L'équipe des acheteurs du départ n'a donc pas durée très longtemps. Après deux ans, j'étais la plus ancienne, (puisque Prunelle est le chef, il est plus acheteur, on l'a déjà dit!). Il y en a quelques uns qui ont fait des passages éclairs, et d'autres qui sont restés.
Je reste la plupart du temps au comptoir pour accueillir les clients, et mes rayons sont donc à proximité. L'informatique, la médecine, les partitions, la science fiction, la notation des grands formats, répondre aux mails et m'occuper de la page Fb et de Twitter. C'est facile, peut-être un peu trop, mais j'adore ça et ça me permet de garder les achats de livres comme activité principale!
Voilà pour l'équipe des acheteurs. Deux gonzesses et trois pédés, une team de choc!!! Prunelle est hétéro, mais il n'est plus acheteur... Tous des grandes gueules, obligé pour faire ce boulot (on donne de l'argent, donc faut avoir du répondant histoire de pas se faire arnaquer!).
Eviter d'emmener vos enfants si vous venez nous voir: nos conversations sont généralement interdites aux moins de 18 ans...
"Il est dix heures, on se sort les doigts du cul!"
J'y vais depuis que je suis toute petite, et j'adore depuis toujours. Me balader dans les rayonnages plein de livres, c'est un des trucs que je préfère.
Ce n'est pas comme une librairie où l'on ne trouve que des livres récents, où les invendus de l'an dernier ont été jetés. Ce n'est pas non plus une bibliothèque, déjà plus attrayante pour ses vieux ouvrages, mais où l'on ne peut qu'emprunter. Non, c'est un magasin, où l'on peut acheter, pas cher en plus, des vieilles revues, des romans récents, des vieilles éditions des classiques, des BD's, des livres de toutes sortes, de toutes origines, de toutes époques, pour peu qu'on ait du temps pour fouiller et qu'on ne soit pas allergique à la poussière! Rrrhhaaa Lovely!!!
L'idée de toutes ces histoires, de toutes ces vies, qui attendent couchées sur les pages qu'on les dévore, ça me rend toute chose! Oui, j'avoue, je suis très curieuse! Lire un livre, c'est être dans la tête de l'auteur, et j'aime ça.
Et, au-delà de ce que contiennent les pages, j'aime l'objet. Je trouve qu'un livre, c'est beau. Bien sûr, il y en a de plus beaux que d'autres, mais même le bête poche rectangulaire a du charme à mes yeux. J'aime tourner les pages, lire les lettres, qui se transforment en mots, qui forment des phrases, qui me racontent une histoire... Un peu nunuche peut-être, mais les histoires d'amour ne le sont-elles pas souvent? Et, les livres et moi, c'est de l'amour!
Si on veut jouer les psy, on se rendra compte que mes relations avec les êtres humains sont parfois compliquées... Peut-être qu'à force de rester la tête penchée sur mes bouquins, je suis devenue un peu asociale. Ou peut-être qu'à force d'avoir du mal à gérer les relations humaines, je me suis un peu trop penchée sur mes bouquins... Je ne sais pas, pas trop fan des psy en ce qui me concerne...
Les livres, c'est un excellent moyen d'être proche des gens, très proche, intimement parfois, sans pour autant se frotter à eux. Disons que je suis une philanthrope-misanthrope. J'aime la vie, j'aime les gens, mais j'ai parfois l'impression que je ne les comprends pas plus qu'ils ne me comprennent. Je ne sais pas toujours comment m'y prendre... Peut-être un peu trop timide, ou trop conne, ou les deux...
Bref, on s'en fout!
C'était il y a dix ans! J'ai envoyé mon CV sans trop y croire, parce que ce magasin, c'était une véritable caverne d'Ali Baba pour moi, car c'est un des endroits où je me sens le mieux, où je me sens chez moi, car c'était le boulot dont je rêvais, au milieu des livres!
Je n'avais jamais fait attention aux employés qui déambulaient dans le magasin, mais ça a été une merveilleuse surprise.
Non seulement, je travaillais dans le magasin le plus fabuleux de Bruxelles à mes yeux, mais en plus mes collègues étaient mieux que tout ce que j'aurais pu imaginer!
Et, cerise sur le gâteau, j'ai été engagée comme "acheteuse".
Nous n'avons pas de fournisseurs, nous ne passons pas de commande, le seul moyen d’acquisition des livres que nous vendons, c'est l'achat aux particuliers. Parfois, nous rachetons quelques fin de stocks pour les fêtes, mais le reste, ce sont les gens qui nous l'apportent au magasin, au comptoir achat, là où je suis!
Et, oui, définitivement, j'adore mon boulot!!!
Ce comptoir, c'est un peu une scène de théâtre! C'est irréel, c'est comme nulle part ailleurs!
Le matin, je me lève dans le monde normal, je me prépare dans le monde normal, je vais conduire mes enfants à l'école dans le monde normal, je prends le train le monde normal, je marche un petit peu dans le monde normal, et puis, je pousse la porte d'un microcosme unique, à part, irréel. Le monde dans lequel je travaille n'est pas normal, et c'est génial!
Quand j'ai appris à ma chère petite môman que j'allais travailler là, elle m'a dit: "T'es vraiment obligée de travailler là??? Ca pue là-bas!".
Bon, c'est vrai, on ne peut pas le nier, certains de nos clients ne sentent pas toujours la rose. Il y a, entre autres, une de nos habituées que nous appelons "Madame Caca". C'est pas méchant, c'est juste qu'on ne connaît pas son nom et que là, on est sûr que tout le monde sait de qui on parle...
Mais, en dehors des deux ou trois odorants à qui nous devons parfois demander de sortir, il y a des journalistes, des musiciens, des gens du quartier, des gens d'ailleurs, des habitués, ceux d'une seule fois, des jeunes qu'on voit vieillir, des vieux qu'on n'a peur de ne plus revoir, des gentils, des chiants, des bavards, des snobs, des paumés, des touristes, des fâchés, des amusés, des spectateurs, des piliers de comptoir, des curieux, des illettrés (surprenant dans un magasin de livres, et pourtant...), des érudits, des vrais bruxellois, des religieux, des retraités, des étudiants, etc.
Notre clientèle est aussi diversifiée que nos bouquins...
Et pareil pour les employés! Psy, historien, photographe, artiste, traducteur, prof, acteur, ou sans qualification particulière, la plupart ont débarqué là par hasard, certains restent, d'autres partent... J'en ai vu défiler, des employés, des clients, des livres...
En conclusion, même si je doute que qui que ce soit lise ceci, et encore moins jusqu'au bout vu la tartine que je viens d'écrire, ce blog est là pour me rappeler... Le vent du changement souffle fort sur mon petit microcosme, et j'ai besoin de réunir un maximum de bons souvenirs, vite, avant qu'on disparaisse dans les brumes de l'indifférence...
Donc je ferme les yeux, je fais un petit plongeon en arrière, le comptoir achat est dans le magasin, porte d'entrée à ma gauche, couloir des livres poches à ma droite, odeur de café et de cigarettes (on pouvait encore fumer à l'intérieur, ô joie!), Prunelle (c'est le boss, on va l'appeler comme ça, comme dans Gaston, ce sera très bien!) s'avance vers la porte pour l'ouvrir en criant: "Il est dix heures, messieurs, dames, on se sort les doigts du cul, on éteint sa clope, le magasin ouvre ses portes!"







