jeudi 20 août 2015

Au revoir Papa...



Le jeudi 6 août, jour de mon anniversaire, j'étais dans le train pour aller bosser. J'ai dit à ma collègue que mon père n'avait pas l'air d'aller bien du tout, et elle m'a répondu: "Qu'est-ce que tu fous là? C'est avec lui que tu devrais être! Personne ne te le reprochera!"
C'est ce que je voulais entendre... Arrivée à Bruxelles, plutôt que de la suivre sur notre lieu de travail, j'ai pris un autre train pour aller chez mon père.
Arrivée là, je me suis rendue compte de la gravité de la situation: il pouvait à peine se déplacer, il n'arrivait plus à avaler quoi que ce soit, pas même ses médicaments. Je ne sais pas pourquoi il n'avait pas demandé mon aide plus tôt, mais ce jour-là, il m'a avoué qu'il était content que je sois venue car il craignait de rester seul. J'ai dû repartir le soir, mais j'y suis évidemment retournée le lendemain...
C'est là qu'il a téléphoné à son médecin pour lui dire que c'était pour maintenant, qu'il voulait se faire euthanasier le plus vite possible.
Samedi, lorsque mon frère est rentré de vacances, il est directement allé chez mon père. Nous avons ainsi passé la dernière semaine tous les trois. Je rentrais le soir pour m'occuper des enfants, mais Gaël est resté jour et nuit et s'est occupé de papa à plein temps. Il a même appris à faire des piqûres!
La mardi, nous avons fait la connaissance du médecin qui pratiquerait l'euthanasie. Il a demandé, une fois de plus, à mon père s'il était sûr de son choix. Bien sûr, qu'il était certain de son choix! Ca fait plus de trente ans qu'il nous en parlait, qu'il nous répétait qu'il ne voulait pas être vieux, pas être malade, pas être un boulet pour les autres! Il a confirmé une fois de plus...
Il avait décidé que ce serait pour le vendredi, et les médecins ont répondu présents. Ils étaient très bien, ses médecins. J'ai apprécié leur professionnalisme, mais aussi leur humour et leur compréhension!
Et le vendredi est arrivé. Mon papa avait bonne mine, il semblait plus heureux que jamais. Il nous a dit, entre autres, que depuis qu'il savait qu'il allait mourir, il pouvait parler de maman sans pleurer, car il savait qu'enfin il allait arrêter de souffrir de son absence... Sa plus grande douleur n'était pas sa maladie, mais toujours l'absence de maman...
Les médecins et l'infirmière ont été très bien, même si l'on voyait qu'ils n'étaient pas à l'aise: leur vocation est de soigner, et non de tuer, je peux comprendre! C'est humain, c'est normal...
Mon papa souriait, il était heureux de partir! Il nous a dit au-revoir, et, comme il commençait à avoir soif, il s'est dit qu'il était temps de s'endormir.
Le docteur a fait la première injection. Une espèce de relaxant d'après ce que j'ai compris.
Il a fait la deuxième injection, a dit: "Au revoir, Monsieur C." Mon père a bredouillé quelque chose que je n'ai pas compris, il a ronflé deux fois, et c'était fini avant même que le médecin ne fasse la dernière piqûre.
Finies les douleurs physiques, fini le manque de ma maman, fini ce mal de vivre qu'il a toujours eu en lui.
Je suis triste, horriblement triste, j'ai perdu le dernier de mes parents! Et, en même temps, je suis heureuse que cela ce soit terminé comme cela. Je n'aurais plus supporté l'hôpital, l'attente des résultats, le voir souffrir, mourir à petit feu. Il a fait le bon choix, il nous y avait préparé depuis toujours, c'était sa volonté et je le comprends et le respecte!
Il a fait ça en partie pour nous, pour nous éviter des souffrances supplémentaires, et je lui en suis infiniment reconnaissante.
Je suis heureuse que notre législation autorise les gens à choisir leur mort, et que cela puisse aussi bien se passer.
Tu vas me manquer papa!

mercredi 5 août 2015

Le dur retour à la réalité...

Mes vacances étaient parfaites! Le soleil, les enfants, mon amoureux, l'endroit, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le seul inconvénient: c'était trop court! J'ai passé quinze jours idylliques, j'aurais bien prolongé un peu les choses...
Je n'ai pas à me plaindre: cerise sur le gâteau, j'ai passé les deux derniers jours chez mon amie d'enfance, en France. Elle venait tous les étés en Belgique, mais jamais je n'avais été chez elle. Là aussi, tout était parfait: après vingt ans, nous avons beaucoup changé toutes les deux, mais pourtant on aime toujours les même choses. Nos maris s'entendent bien, nos enfants aussi, bref, c'était génial!

Et puis, le retour...

Mon père semble avoir pris dix ans en quinze jours. C'est nul, c'est moche, ça me fait chier! Je serai bientôt orpheline et je n'aime pas ça! Ça peut paraître débile de dire ça à la veille de mes 38 ans, mais mes parents, c'était mon port d'attache, mon pilier, ceux sur qui je pouvais toujours compter, et très bientôt le dernier d'entre eux ne sera plus là. Certes, il me reste plein de monde: mon frère, mon amoureux, mes enfants, certains amis très proches aussi, mais ça va quand même faire un fameux vide. Et puis ça va être difficile... Vendre la maison de mon enfance, entre autres, je trouve ça nul... Mais bon, si j'ai appris une chose à la mort de ma maman, c'est qu'on ne peut rien y changer. Je pourrai faire ce que je veux, prier qui je veux, crier autant que je peux, pleurer toutes les larmes de mon corps, rien ne fait revenir les morts, et la terre ne s'arrêtera pas de tourner, et la vie continuera, et on n'aura pas d'autre choix que de s'habituer à une absence de plus... Pffff, pas très rigolo tout ça...

Un p'tit tour par le boulot pour se dérider? Eh ben non... Le changement annoncé est venu et, en effet, les choses sont nettement moins rigolotes pour le moment! Des modifications vont encore être faites, on va s'adapter - c'est le point fort de l'homme, non? On s'adapte vite! - mais en attendant, c'est assez démotivant... Enfin, surtout pour les autres! Un de mes défauts, et j'en ai conscience, c'est que j'aime - et le mot est faible - avoir raison!!! Et la situation actuelle, si elle est à la limite du dramatique, me fait jubiler car j'avais prévu que ça ne marcherait pas comme ils le voudraient et, en effet, j'avais raison! Ô jouissance!!!
En gros, tout le monde fait la gueule. Faut dire que l'organisation n'est pas optimale. D'après le compteurs de pas d'un de mes collègues, on fait aujourd'hui trois fois plus de pas sur une journée qu'avant les travaux. Si vous cherchez quelque chose, c'est simple, il suffit de chercher à l'endroit totalement opposé de l'endroit où vous vous trouvez!
A côté de ça, honnêtement, je trouve génial qu'on donne un coup de neuf au magasin et qu'on réorganise les rayons. Le problème principal, c'est le manque de communication: nous avons une flopée de gérants qui ont chacun une idée bien précise de ce qu'il veut et qui n'en fait pas forcément part aux autres avant de nous charger de l'exécution des travaux. J'aimerais m'impliquer plus, prendre des initiatives, aider au transfert des rayons, proposer des idées, mais j'ai l'impression que tout le monde est agacé par tout le monde, que personne n'est d'accord avec personne, et je me sens un peu comme un cheveu dans la soupe. Je fais mon boulot, comme avant, tranquillement, mais il faut bien avouer qu'il y a beaucoup moins de travail: entre le piétonnier qui fait peur aux provinciaux et les travaux qui chamboulent tout le magasin, beaucoup de clients baissent les bras et vont ailleurs...
En attendant, je me tais, j'écoute, je rappelle juste de temps en temps que ce n'est pas à moi qu'il faut faire part de son mécontentement, étant donné que quand j'ai tenté de m'y opposer alors que ce n'était qu'un simple projet, je me suis retrouvée seule contre tous. Fallait que je me taise, que j'attende, que je laisse faire, que je voie ce que ça donne. Aujourd'hui, ils s'en mordent tous les doigts, moi j'ai déjà eu le temps de m'y faire... Mais j'ai souvent cette image, d'une discussion avec mon chef en présence de mes collègues les plus proches, où je les ai pris à témoin, je leur ai demandé de dire vraiment ce qu'ils en pensaient, de ne pas se laisser faire, et ils ont tous baissé les yeux, ils n'ont rien dit... Aujourd'hui, certains ne sont pas sûrs de s'y habituer. Moi, je sais que j'y arriverai. Ce boulot n'est pas qu'un travail: c'est un hobby, une passion! J'adore être là, et je vais tout faire pour ne pas en bouger!