C'est ce que je voulais entendre... Arrivée à Bruxelles, plutôt que de la suivre sur notre lieu de travail, j'ai pris un autre train pour aller chez mon père.
Arrivée là, je me suis rendue compte de la gravité de la situation: il pouvait à peine se déplacer, il n'arrivait plus à avaler quoi que ce soit, pas même ses médicaments. Je ne sais pas pourquoi il n'avait pas demandé mon aide plus tôt, mais ce jour-là, il m'a avoué qu'il était content que je sois venue car il craignait de rester seul. J'ai dû repartir le soir, mais j'y suis évidemment retournée le lendemain...
C'est là qu'il a téléphoné à son médecin pour lui dire que c'était pour maintenant, qu'il voulait se faire euthanasier le plus vite possible.
Samedi, lorsque mon frère est rentré de vacances, il est directement allé chez mon père. Nous avons ainsi passé la dernière semaine tous les trois. Je rentrais le soir pour m'occuper des enfants, mais Gaël est resté jour et nuit et s'est occupé de papa à plein temps. Il a même appris à faire des piqûres!
La mardi, nous avons fait la connaissance du médecin qui pratiquerait l'euthanasie. Il a demandé, une fois de plus, à mon père s'il était sûr de son choix. Bien sûr, qu'il était certain de son choix! Ca fait plus de trente ans qu'il nous en parlait, qu'il nous répétait qu'il ne voulait pas être vieux, pas être malade, pas être un boulet pour les autres! Il a confirmé une fois de plus...
Il avait décidé que ce serait pour le vendredi, et les médecins ont répondu présents. Ils étaient très bien, ses médecins. J'ai apprécié leur professionnalisme, mais aussi leur humour et leur compréhension!
Et le vendredi est arrivé. Mon papa avait bonne mine, il semblait plus heureux que jamais. Il nous a dit, entre autres, que depuis qu'il savait qu'il allait mourir, il pouvait parler de maman sans pleurer, car il savait qu'enfin il allait arrêter de souffrir de son absence... Sa plus grande douleur n'était pas sa maladie, mais toujours l'absence de maman...
Les médecins et l'infirmière ont été très bien, même si l'on voyait qu'ils n'étaient pas à l'aise: leur vocation est de soigner, et non de tuer, je peux comprendre! C'est humain, c'est normal...
Mon papa souriait, il était heureux de partir! Il nous a dit au-revoir, et, comme il commençait à avoir soif, il s'est dit qu'il était temps de s'endormir.
Le docteur a fait la première injection. Une espèce de relaxant d'après ce que j'ai compris.
Il a fait la deuxième injection, a dit: "Au revoir, Monsieur C." Mon père a bredouillé quelque chose que je n'ai pas compris, il a ronflé deux fois, et c'était fini avant même que le médecin ne fasse la dernière piqûre.
Finies les douleurs physiques, fini le manque de ma maman, fini ce mal de vivre qu'il a toujours eu en lui.
Je suis triste, horriblement triste, j'ai perdu le dernier de mes parents! Et, en même temps, je suis heureuse que cela ce soit terminé comme cela. Je n'aurais plus supporté l'hôpital, l'attente des résultats, le voir souffrir, mourir à petit feu. Il a fait le bon choix, il nous y avait préparé depuis toujours, c'était sa volonté et je le comprends et le respecte!
Il a fait ça en partie pour nous, pour nous éviter des souffrances supplémentaires, et je lui en suis infiniment reconnaissante.
Je suis heureuse que notre législation autorise les gens à choisir leur mort, et que cela puisse aussi bien se passer.
Tu vas me manquer papa!
