Et voilà, je m'y attendais, ce qui devait arriver est arrivé: je me suis fait virée!
Jeudi matin, je me suis réveillée de mauvaise humeur... Y'a des jours comme ça où tout va de travers! Les premiers mots de mon amoureux étaient que la pompe de la cave était foutue et qu'il fallait vérifier qu'il n'y avait pas d'eau. Il est ensuite parti au boulot, et je me suis rendormie, mais pas pour très longtemps: en allumant sa tablette un des petits a fait un boucan dingue, ce qui m'a définitivement réveillée une grosse demie heure avant que mon réveil ne sonne. Vaincue, je suis montée prendre ma douche, c'est à ce moment-là que notre merveilleuse chaudière Viessman, soi-disant increvable, s'est une fois de plus mise en défaut! L'eau froide, ça réveille... Et ça a continué comme ça toute la matinée: j'ai réussi à être en retard alors qu'on était tous réveillé bien tôt, quand je suis partie de la maison elle était dans un état lamentable, y compris un bol de céréales renversé par terre que j'ai à peine eu le temps d'éponger. Il y avait plein de vent et de pluie et j'avançais à peine sur mon vélo. Pendant le trajet vers la gare, je me suis dit que la journée avait vraiment super mal commencée et que si je ratais mon train, c'était le signe qu'il valait mieux que je rentre me coucher! Mais j'ai eu mon train... De justesse, mais je l'ai eu!
Une fois au boulot, comme d'habitude depuis le grand déménagement, j'ai pris sur moi... J'avais du mal, c'est sûr, je n'étais pas de bonne humeur, mais bon, je n'étais pas aidée non plus! Je ne devais pas avoir l'air très avenante car personne ne m'adressait la parole. J'ai passé un bon moment seule aux achats pendant qu'ils discutaient derrière moi. Rien n'est organisé de manière pratique, on n'arrête pas de faire des trajets inutiles, la clientèle s'est raréfié et n'a généralement rien de très intéressant à vendre, juste des livres courants. Bref, j'ai pris mon mal en patience, j'ai commencé par faire les seuls trucs sympas: les achats et le rangement de la SF. Une fois que j'ai eu fini, plus moyen de passer au travers, il a fallu que je m'occupe des partitions qu'on avait achetées le matin. J'ai dit au collègue qui se trouvait près de moi que j'en avais marre des partitions, que je n'avais plus de place, ni en rayon ni en magasin, et que je me demandais pourquoi on perdait autant de temps à ramener des trucs de l'autre magasin (ça fait des semaines que notre gérant, au lieu de nous gérer, va dans la deuxième succursale pour ramener de la marchandise qu'on n'a pas le temps de ranger...). Malheur à moi! Le chef (Prunelle) était là, il m'a entendue et m'a demandé de le suivre pour avoir une petite discussion. Là, pendant dix minutes, il m'a engueulée. Ça fait un moment que je ne dis plus rien quand il "m'explique", car quoi je réponde, ça l'énerve encore plus. Il est d'une mauvaise foi incroyable, il essaye continuellement de manipuler les gens, c'est vraiment une saleté. Bref, je l'écoutais une fois de plus me dire qu'il avait raison et que j'avais tort sans rien dire. Je dois bien avouer qu'il me fait vraiment chier ces derniers temps: les décisions qu'il prend me semblent totalement illogiques et il ne fait jamais face aux vrais problèmes. Du coup, j'ai du mal à lui parler sereinement, je lui envoie continuellement des "piques" et je ne suis pas très sympa, c'est vrai... Je lui ai dit que je ne me sentais pas bien et que j'étais désolée d'avoir dit ça, une fois de plus, mais que c'était vraiment une journée de merde. Sur ce, je suis descendue dans la cave. Il m'a dit - ou plutôt, il m'a gueulé - que la discussion n'était pas finie (pour moi elle l'était; je l'ai déjà entendu assez souvent dire qu'il fait tout pour que ça marche en le voyant faire n'importe quoi) et que, si je n'étais pas bien, je n'avais qu'à rentrer chez moi. J'ai pris mes affaires et je suis partie! Un peu plus tard, j'ai envoyé un sms pour m'excuser, mais il est vrai que c'était plus pour être polie que parce que je regrettais vraiment ce que j'avais dit... La suite de la journée a été du même ordre, et je me suis couchée dès que les petits ont été dans leur lit.
Le lendemain, ça allait nettement mieux! Une bonne nuit de sommeil, les petits relativement cools, la journée s'annonçait meilleure que la veille! Quand je suis arrivée au magasin, Prunelle m'a dit bonjour comme si de rien n'était. J'ai commencé à bosser mais, après cinq minutes, le chef n°2 (ah oui, je ne l'ai pas encore précisé, mais on a beaucoup de chefs! En gros, à chaque fois que la boîte à besoin de fric, on propose à un employé de devenir un gérant en échange d'un petit investissement... Comme ça fait un moment que ça dure, on a un paquet de chefs!) est venu me chercher pour avoir une petite discussion. Bon, je ne vais pas mentir, quand j'ai vu qu'il m'emmenait au bureau, je savais que ce n'était pas pour m'annoncer une promotion,,, J'ai compris tout de suite! C'est vrai, je n'ai finalement pas eu mon avertissement par écrit la dernière fois, mais bon... Je m'y attendais! Prunelle et le chef n°2 m'ont alors dit que je mettais une mauvaise ambiance dans l'équipe, toujours à me plaindre du nouvel agencement du magasin (ce que tous mes collègues et beaucoup des clients font actuellement, de manière un peu plus discrète que moi peut-être, mais quand même!) et de l'odeur de notre collègue (ce dont je ne parle qu'avec ma collègue féminine, à demi-mot, et avec Prunelle car j'estime que c'est à lui, et non à moi, de régler le problème. Si j'allais lui dire moi-même qu'il pue, ils me vireraient aussi!). A aucun moment ils n'ont critiqué ma manière de travailler, ni mon contact avec la clientèle, ils n'ont aucune raison de le faire, j'adore ce boulot! Non, le seul problème, c'est que je n'aime pas leur manière de travailler, à eux, car ils n'ont aucune méthode, c'est évident pour tout le monde! Mais ils préfèrent me virer plutôt que d'accepter qu'ils ont fait des erreurs. Ben oui, c'est normal, c'est tellement humain... Bref, après m'avoir dit en long en large et en travers qu'ils n'avaient rien à reprocher à mon travail mais qu'ils en avaient marre de mes remarques contre-productives, j'ai fini par oser demander quelle serait la suite, et ils m'ont dit qu'ils mettaient fin au contrat. J'ai plaidé ma cause, en larmes, mais avec le recul je me demande si ça n'était pas par réflexe! D'ailleurs je n'ai pas été très bonne. Je manquais sans doute un peu de motivation! Ils m'ont assuré, tous les deux, que ça pouvait être considéré comme une période d'essai: s'ils voient un changement notable dans mon comportement d'ici la fin de mon préavis, je peux rester! Mon cul oui... J'y crois à mort,,, Juste une méthode de plus pour me faire courber le dos pendant neuf mois! Mais bon, j'ai acquiescé, j'ai dit merci de me laisser une chance, j'ai encore versé quelques larmes, j'ai demandé si j'étais obligée de travailler dimanche, ils m'ont dit que non, et, hop, je pouvais partir!
J'ai annoncé la nouvelle à mes collègues en passant, mais aucun d'eux n'a eu l'air surpris. Je ne le suis pas non plus et, surtout, je sais comment marche la boîte: beaucoup devaient déjà être au courant avant même que je n'ose dire que je n'avais pas de place pour ranger les partitions!!! Au fond, je m'en fous... J'ai été dans le même cas qu'eux, et c'est délicat de dire à quelqu'un qu'on sait qu'il a une épée de Damoclès au-dessus de la tête! Je suis sortie du magasin, j'ai téléphoné à mon amoureux pour lui annoncer la nouvelle, et, en le lui disant, je me suis sentie soulagée! Après dix minutes de marche, je me sentais merveilleusement bien, comme si on me retirait un poids des épaules! Je crois toujours que le magasin va se planter, mais je n'ai plus à m'en préoccuper!!! De toute façon, le Pêle-Mêle que j'aimais est mort il y a quelques années déjà!
Pendant tout le weekend, je me suis sentie euphorique... En fait, le plus désagréable était que j'avais toujours en tête ce foutu "libéréééeee, délivréééee"! Je me suis dit que c'était peut-être une sorte d'état de choc, que j'allais redescendre et que ça allait faire mal, car c'est quand même le boulot que je rêvais de faire depuis toujours, mais après les messages de soutien que j'ai reçu sur Facebook et des conversations intéressantes avec, entre autres, mon petit frère, il s'avère que je suis réellement contente de me faire virer, je suis certaine que je n'aurai aucun mal à trouver mieux, même si ce n'est plus au milieu des livres!
Quand j'ai commencé ce boulot, j'avais 27 ans, pas d'enfant et j'habitais à Bruxelles. J'adorais arriver tôt le matin, me balader au milieu des livres avant l'entrée des clients, respirer l'odeur du vieux papier mêlée à celle du café que buvaient mes collègues autour du comptoir achat. A midi, on mangeait souvent au moins à deux et, parfois, on s'est même offert le luxe d'aller manger avec toute l'équipe d'acheteurs en se faisant remplacer pendant une heure par ceux qui travaillaient à l'arrière. Le soir, après le boulot, on allait régulièrement boire un verre. Du comptoir achat, on avait une jolie vue sur le magasin, et il y avait tout le temps du monde, on devait toujours au moins être deux aux achats et on travaillait non-stop. J'apprenais des nouveaux trucs tous les jours, et j'adorais ça! Il y avait plein de livres partout, les gens faisaient la file devant le magasin fermé pour pouvoir rentrer les premiers et tenter de trouver la perle rare.
Aujourd'hui, j'ai 38 ans, deux enfants, et je dois faire deux heures de route par jour. Je ne travaille plus qu'en 3/5e, histoire de pouvoir passer du temps avec mes bout'choux. Quand j'arrive le matin, il n'y a plus d'attroupement autour de la cafetière: certains sont sur un pc, d'autres se baladent dans le magasin, il y en a encore qui discutent mais c'est nettement moins convivial qu'avant. Ils descendent chacun leur tasse de café pour la siroter une fois le magasin ouvert. Nous devons désormais prendre nos pauses les uns après les autres, car nous ne sommes plus assez nombreux, et ça fait très longtemps que nous n'avons plus mangé tous ensemble! Je pars plus tôt le soir, donc plus moyen pour moi d'aller boire un verre, mais de toute façon, ils ne le font plus: une fois l'heure de fermeture arrivée, tout le monde attend patiemment devant la porte que le dernier client sorte pour le suivre, et chacun rentre chez soi. Du comptoir achat, on voit une partie de la section jeunesse, mais si on tourne la tête vers le magasin, on ne voit plus que du bordel et des cd's... Sauf quelques rares exceptions, un acheteur suffit amplement, et avec plein de temps pour faire la caisse en prime! Je suis la plus ancienne des acheteurs, et il n'y a presque plus personne pour m'apprendre de nouvelles choses, ça fait un moment que je reste sur mes acquis... Ceux qui font la file le matin, c'est pour ne pas perdre de temps et être les premiers à nous présenter leur magnifique collection de romans France Loisirs!
Non, vraiment, ça n'a plus grand chose à voir avec ce que j'aimais!
Je ne sais pas si je m'en serais mieux sortie, mais j'aurais fait les choses différemment depuis bien longtemps!
Pour commencer, il y a huit ans, je ne me serais pas foutue de la gueule de M., je l'aurais chouchouté car c'était réellement un bon employé et qu'il était un plus pour le magasin! Et je ne l'aurais surement pas viré...
Ensuite, je n'aurais pas ouvert le magasin d'Ixelles. Quitte à investir de l'argent, j'aurais commencé par rénover le magasin existant, une vraie grande rénovation. On repeint les murs, les étagères, on retape ce qui doit l'être (et il y a du boulot!!!), on agrandit, on réorganise, bien, de manière réfléchie, en discutant avec les employés, en écoutant les suggestions des clients! Mais non, ils ont ouvert un nouveau magasin, un grand magasin tout beau tout neuf, dont l'équipe se compose essentiellement de gérants qui, bien que très sympathiques, ne sont pas des acharnés du travail. Et, sans doute pour éviter de faire une longue route, ils ne l'ont pas ouvert trop loin... S'ils ont en effet gagné une nouvelle clientèle, ils nous ont aussi piqué une partie de la nôtre, ce qui ne serait pas arrivé s'ils avaient ouvert leur nouveau magasin dans une autre ville!
Et c'est comme ça pour tout... C'est le magasin le plus mal géré de tous les temps! On vire ceux qui bossent, on garde les potes et, surtout, ceux qui ferment leur gueule... Ils décident enfin de faire les travaux dont le magasin a besoin depuis si longtemps, mais juste au moment où les clients hésitent déjà à venir à cause de la mise en place du piétonnier (au bout du compte, il n'y a que le carrelage d'un pièce qui a été changé, mais il a été mal posé et il y a des bosses partout). Ils avaient déménagé la moitié du magasin en prévision de grands changements il y a cinq ans et, au dernier moment, ils changent tous leurs plans, et le comptoir qui devait être à droite se retrouve à gauche (et, après nous l'avoir annoncé, ils sont tous partis en vacances les uns après les autres!). Ils ont déménagé tous les rayons sans y réfléchir à l'avance, et c'est encore plus mal organisé qu'avant. Il y a moins de place pour les livres, les cd's et les jeux sont au milieu de tout, rien n'est organisé de manière à attirer le clients, ni pour faciliter le travail des employés. C'est vraiment du grand n'importe quoi! Sans parler des licenciements... Très bientôt, le préavis de celui qui note plus de la moitié des livres du magasin arrivera à son terme, et il ne sera pas remplacé. Mon travail est nettement moins important, mais je fais quand même une bonne partie des achats, et si je ne suis pas remplacée non plus, ils vont s'amuser!
Oui, définitivement, quitte à ce que quelqu'un soit encore viré, je préfère que cela soit moi... Cela ne va vraiment pas être drôle pour ceux qui restent! Et je ne sais pas comment ils feront quand ils voudront prendre congé, surtout si Prunelle continue à aller faire joujou avec ses potes dans l'autre magasin tous les jours...
A leur place, j'assurerais quand même mes arrières: tous les endroits où j'ai travaillé, sans exception, ont fermé dans les six ans qui ont suivi mon départ! Et vu la manière dont ça tourne pour le moment, c'est mal barré... (Mouais, faudra peut-être que j'efface ce paragraphe le jour où je devrai chercher mon nouveau boulot!:-P) Ils ont le nom, prestigieux, que tout le monde connaît à Bruxelles, mais est-ce que cela suffira face à l'incompétence de mon futur-ancien-chef?
Hou que je suis mauvaise... Seule l'avenir dira si j'ai raison, mais, jusqu'à présent, je ne me suis pas trompée! Et je dois bien avouer que c'est jouissif! Enfin, presque... Je pensais que les autres gérants finiraient pas ouvrir les yeux sur ce qu'est en réalité Prunelle, mais il sévit toujours!
Il a tué le magasin, il a détruit mon rêve, et je lui prédis un bel avenir de looser! En tout cas, il vient de virer une de ses employées les plus dévouées et les plus travailleuses, juste un chouia démotivée par ses conneries...
Ce matin, quand je suis arrivée, il m'a dit bonjour en me regardant avec des yeux de chiens battus. Moi, j'avais la pêche! J'ai demandé pour partir plus tôt en récupérant une de mes heures supp', et ça a été accepté! J'ai ensuite demandé la date de fin de mon préavis, sans reparler de cette idiotie de soi-disant essai, et j'ai été contente d'apprendre que je terminerai normalement le 5 septembre. J'étais moins contente d'apprendre que du coup je ne pourrai pas prendre mon congé parental mais bon, c'est pas grave, j'ai quand même droit à un jour de congé en plus par semaine! En dehors de ça, on ne s'est pas parlé. Il a fait chier mes collègues, en exigeant qu'ils prennent leur pause à certaines heures (ça fait des mois que ça aurait dû être fait mais bon, mieux vaut tard que jamais!) mais moi, j'étais tranquille! Et quand j'ai annoncé à l'un de mes clients préférés que j'étais viré, j'ai clairement dit que c'était parce que je n'aimais pas la gestion du magasin et que, en tant qu'employé, j'avais juste le droit de me taire! Un peu plus tard, quand une cliente m'a dit qu'elle détestait la nouvelle disposition du magasin, je lui ai dit que j'étais dans le même cas, mais qu'on avait pas le droit de le dire sans se faire virer! Qu'est-ce que ça fait du bien! S'il comptait sur sa petite manipulation pour me faire fermer ma gueule pendant mon préavis, c'est foutu...
En attendant, aujourd'hui, ma collègue s'est beaucoup plainte de l'odeur du puant, mon collègue s'est plaint du fait qu'il n'avais ni le temps ni la place pour pouvoir ranger les livres qu'on venait d'acheter, et ni l'un ni l'autre n'ont été inquiétés... Ils parlent moins fort que moi, mais pourtant je ne suis pas pire qu'eux!