mardi 15 décembre 2015

Une nouvelle vie commence...

Et voilà, je m'y attendais, ce qui devait arriver est arrivé: je me suis fait virée!

Jeudi matin, je me suis réveillée de mauvaise humeur... Y'a des jours comme ça où tout va de travers! Les premiers mots de mon amoureux étaient que la pompe de la cave était foutue et qu'il fallait vérifier qu'il n'y avait pas d'eau. Il est ensuite parti au boulot, et je me suis rendormie, mais pas pour très longtemps: en allumant sa tablette un des petits a fait un boucan dingue, ce qui m'a définitivement réveillée une grosse demie heure avant que mon réveil ne sonne. Vaincue, je suis montée prendre ma douche, c'est à ce moment-là que notre merveilleuse chaudière Viessman, soi-disant increvable, s'est une fois de plus mise en défaut! L'eau froide, ça réveille... Et ça a continué comme ça toute la matinée: j'ai réussi à être en retard alors qu'on était tous réveillé bien tôt, quand je suis partie de la maison elle était dans un état lamentable, y compris un bol de céréales renversé par terre que j'ai à peine eu le temps d'éponger. Il y avait plein de vent et de pluie et j'avançais à peine sur mon vélo. Pendant le trajet vers la gare, je me suis dit que la journée avait vraiment super mal commencée et que si je ratais mon train, c'était le signe qu'il valait mieux que je rentre me coucher! Mais j'ai eu mon train... De justesse, mais je l'ai eu!

Une fois au boulot, comme d'habitude depuis le grand déménagement, j'ai pris sur moi... J'avais du mal, c'est sûr, je n'étais pas de bonne humeur, mais bon, je n'étais pas aidée non plus! Je ne devais pas avoir l'air très avenante car personne ne m'adressait la parole. J'ai passé un bon moment seule aux achats pendant qu'ils discutaient derrière moi. Rien n'est organisé de manière pratique, on n'arrête pas de faire des trajets inutiles, la clientèle s'est raréfié et n'a généralement rien de très intéressant à vendre, juste des livres courants. Bref, j'ai pris mon mal en patience, j'ai commencé par faire les seuls trucs sympas: les achats et le rangement de la SF. Une fois que j'ai eu fini, plus moyen de passer au travers, il a fallu que je m'occupe des partitions qu'on avait achetées le matin. J'ai dit au collègue qui se trouvait près de moi que j'en avais marre des partitions, que je n'avais plus de place, ni en rayon ni en magasin, et que je me demandais pourquoi on perdait autant de temps à ramener des trucs de l'autre magasin (ça fait des semaines que notre gérant, au lieu de nous gérer, va dans la deuxième succursale pour ramener de la marchandise qu'on n'a pas le temps de ranger...). Malheur à moi! Le chef (Prunelle) était là, il m'a entendue et m'a demandé de le suivre pour avoir une petite discussion. Là, pendant dix minutes, il m'a engueulée. Ça fait un moment que je ne dis plus rien quand il "m'explique", car quoi je réponde, ça l'énerve encore plus. Il est d'une mauvaise foi incroyable, il essaye continuellement de manipuler les gens, c'est vraiment une saleté. Bref, je l'écoutais une fois de plus me dire qu'il avait raison et que j'avais tort sans rien dire. Je dois bien avouer qu'il me fait vraiment chier ces derniers temps: les décisions qu'il prend me semblent totalement illogiques et il ne fait jamais face aux vrais problèmes. Du coup, j'ai du mal à lui parler sereinement, je lui envoie continuellement des "piques" et je ne suis pas très sympa, c'est vrai... Je lui ai dit que je ne me sentais pas bien et que j'étais désolée d'avoir dit ça, une fois de plus, mais que c'était vraiment une journée de merde. Sur ce, je suis descendue dans la cave. Il m'a dit - ou plutôt, il m'a gueulé - que la discussion n'était pas finie (pour moi elle l'était; je l'ai déjà entendu assez souvent dire qu'il fait tout pour que ça marche en le voyant faire n'importe quoi) et que, si je n'étais pas bien, je n'avais qu'à rentrer chez moi. J'ai pris mes affaires et je suis partie! Un peu plus tard, j'ai envoyé un sms pour m'excuser, mais il est vrai que c'était plus pour être polie que parce que je regrettais vraiment ce que j'avais dit... La suite de la journée a été du même ordre, et je me suis couchée dès que les petits ont été dans leur lit.

Le lendemain, ça allait nettement mieux! Une bonne nuit de sommeil, les petits relativement cools, la journée s'annonçait meilleure que la veille! Quand je suis arrivée au magasin, Prunelle m'a dit bonjour comme si de rien n'était. J'ai commencé à bosser mais, après cinq minutes, le chef n°2 (ah oui, je ne l'ai pas encore précisé, mais on a beaucoup de chefs! En gros, à chaque fois que la boîte à besoin de fric, on propose à un employé de devenir un gérant en échange d'un petit investissement... Comme ça fait un moment que ça dure, on a un paquet de chefs!) est venu me chercher pour avoir une petite discussion. Bon, je ne vais pas mentir, quand j'ai vu qu'il m'emmenait au bureau, je savais que ce n'était pas pour m'annoncer une promotion,,, J'ai compris tout de suite! C'est vrai, je n'ai finalement pas eu mon avertissement par écrit la dernière fois, mais bon... Je m'y attendais! Prunelle et le chef n°2 m'ont alors dit que je mettais une mauvaise ambiance dans l'équipe, toujours à me plaindre du nouvel agencement du magasin (ce que tous mes collègues et beaucoup des clients font actuellement, de manière un peu plus discrète que moi peut-être, mais quand même!) et de l'odeur de notre collègue (ce dont je ne parle qu'avec ma collègue féminine, à demi-mot, et avec Prunelle car j'estime que c'est à lui, et non à moi, de régler le problème. Si j'allais lui dire moi-même qu'il pue, ils me vireraient aussi!). A aucun moment ils n'ont critiqué ma manière de travailler, ni mon contact avec la clientèle, ils n'ont aucune raison de le faire, j'adore ce boulot! Non, le seul problème, c'est que je n'aime pas leur manière de travailler, à eux, car ils n'ont aucune méthode, c'est évident pour tout le monde! Mais ils préfèrent me virer plutôt que d'accepter qu'ils ont fait des erreurs. Ben oui, c'est normal, c'est tellement humain... Bref, après m'avoir dit en long en large et en travers qu'ils n'avaient rien à reprocher à mon travail mais qu'ils en avaient marre de mes remarques contre-productives, j'ai fini par oser demander quelle serait la suite, et ils m'ont dit qu'ils mettaient fin au contrat. J'ai plaidé ma cause, en larmes, mais avec le recul je me demande si ça n'était pas par réflexe! D'ailleurs je n'ai pas été très bonne. Je manquais sans doute un peu de motivation! Ils m'ont assuré, tous les deux, que ça pouvait être considéré comme une période d'essai: s'ils voient un changement notable dans mon comportement d'ici la fin de mon préavis, je peux rester! Mon cul oui... J'y crois à mort,,, Juste une méthode de plus pour me faire courber le dos pendant neuf mois! Mais bon, j'ai acquiescé, j'ai dit merci de me laisser une chance, j'ai encore versé quelques larmes, j'ai demandé si j'étais obligée de travailler dimanche, ils m'ont dit que non, et, hop, je pouvais partir!

J'ai annoncé la nouvelle à mes collègues en passant, mais aucun d'eux n'a eu l'air surpris. Je ne le suis pas non plus et, surtout, je sais comment marche la boîte: beaucoup devaient déjà être au courant avant même que je n'ose dire que je n'avais pas de place pour ranger les partitions!!! Au fond, je m'en fous... J'ai été dans le même cas qu'eux, et c'est délicat de dire à quelqu'un qu'on sait qu'il a une épée de Damoclès au-dessus de la tête! Je suis sortie du magasin, j'ai téléphoné à mon amoureux pour lui annoncer la nouvelle, et, en le lui disant, je me suis sentie soulagée! Après dix minutes de marche, je me sentais merveilleusement bien, comme si on me retirait un poids des épaules! Je crois toujours que le magasin va se planter, mais je n'ai plus à m'en préoccuper!!! De toute façon, le Pêle-Mêle que j'aimais est mort il y a quelques années déjà!

Pendant tout le weekend, je me suis sentie euphorique... En fait, le plus désagréable était que j'avais toujours en tête ce foutu "libéréééeee, délivréééee"! Je me suis dit que c'était peut-être une sorte d'état de choc, que j'allais redescendre et que ça allait faire mal, car c'est quand même le boulot que je rêvais de faire depuis toujours, mais après les messages de soutien que j'ai reçu sur Facebook et des conversations intéressantes avec, entre autres, mon petit frère, il s'avère que je suis réellement contente de me faire virer, je suis certaine que je n'aurai aucun mal à trouver mieux, même si ce n'est plus au milieu des livres!

Quand j'ai commencé ce boulot, j'avais 27 ans, pas d'enfant et j'habitais à Bruxelles. J'adorais arriver tôt le matin, me balader au milieu des livres avant l'entrée des clients, respirer l'odeur du vieux papier mêlée à celle du café que buvaient mes collègues autour du comptoir achat. A midi, on mangeait souvent au moins à deux et, parfois, on s'est même offert le luxe d'aller manger avec toute l'équipe d'acheteurs en se faisant remplacer pendant une heure par ceux qui travaillaient à l'arrière. Le soir, après le boulot, on allait régulièrement boire un verre. Du comptoir achat, on avait une jolie vue sur le magasin, et il y avait tout le temps du monde, on devait toujours au moins être deux aux achats et on travaillait non-stop. J'apprenais des nouveaux trucs tous les jours, et j'adorais ça! Il y avait plein de livres partout, les gens faisaient la file devant le magasin fermé pour pouvoir rentrer les premiers et tenter de trouver la perle rare.
Aujourd'hui, j'ai 38 ans, deux enfants, et je dois faire deux heures de route par jour. Je ne travaille plus qu'en 3/5e, histoire de pouvoir passer du temps avec mes bout'choux. Quand j'arrive le matin, il n'y a plus d'attroupement autour de la cafetière: certains sont sur un pc, d'autres se baladent dans le magasin, il y en a encore qui discutent mais c'est nettement moins convivial qu'avant. Ils descendent chacun leur tasse de café pour la siroter une fois le magasin ouvert. Nous devons désormais prendre nos pauses les uns après les autres, car nous ne sommes plus assez nombreux, et ça fait très longtemps que nous n'avons plus mangé tous ensemble! Je pars plus tôt le soir, donc plus moyen pour moi d'aller boire un verre, mais de toute façon, ils ne le font plus: une fois l'heure de fermeture arrivée, tout le monde attend patiemment devant la porte que le dernier client sorte pour le suivre, et chacun rentre chez soi. Du comptoir achat, on voit une partie de la section jeunesse, mais si on tourne la tête vers le magasin, on ne voit plus que du bordel et des cd's... Sauf quelques rares exceptions, un acheteur suffit amplement, et avec plein de temps pour faire la caisse en prime! Je suis la plus ancienne des acheteurs, et il n'y a presque plus personne pour m'apprendre de nouvelles choses, ça fait un moment que je reste sur mes acquis... Ceux qui font la file le matin, c'est pour ne pas perdre de temps et être les premiers à nous présenter leur magnifique collection de romans France Loisirs!

Non, vraiment, ça n'a plus grand chose à voir avec ce que j'aimais!

Je ne sais pas si je m'en serais mieux sortie, mais j'aurais fait les choses différemment depuis bien longtemps!

Pour commencer, il y a huit ans, je ne me serais pas foutue de la gueule de M., je l'aurais chouchouté car c'était réellement un bon employé et qu'il était un plus pour le magasin! Et je ne l'aurais surement pas viré...
Ensuite, je n'aurais pas ouvert le magasin d'Ixelles. Quitte à investir de l'argent, j'aurais commencé par rénover le magasin existant, une vraie grande rénovation. On repeint les murs, les étagères, on retape ce qui doit l'être (et il y a du boulot!!!), on agrandit, on réorganise, bien, de manière réfléchie, en discutant avec les employés, en écoutant les suggestions des clients! Mais non, ils ont ouvert un nouveau magasin, un grand magasin tout beau tout neuf, dont l'équipe se compose essentiellement de gérants qui, bien que très sympathiques, ne sont pas des acharnés du travail. Et, sans doute pour éviter de faire une longue route, ils ne l'ont pas ouvert trop loin... S'ils ont en effet gagné une nouvelle clientèle, ils nous ont aussi piqué une partie de la nôtre, ce qui ne serait pas arrivé s'ils avaient ouvert leur nouveau magasin dans une autre ville!
Et c'est comme ça pour tout... C'est le magasin le plus mal géré de tous les temps! On vire ceux qui bossent, on garde les potes et, surtout, ceux qui ferment leur gueule... Ils décident enfin de faire les travaux dont le magasin a besoin depuis si longtemps, mais juste au moment où les clients hésitent déjà à venir à cause de la mise en place du piétonnier (au bout du compte, il n'y a que le carrelage d'un pièce qui a été changé, mais il a été mal posé et il y a des bosses partout). Ils avaient déménagé la moitié du magasin en prévision de grands changements il y a cinq ans et, au dernier moment, ils changent tous leurs plans, et le comptoir qui devait être à droite se retrouve à gauche (et, après nous l'avoir annoncé, ils sont tous partis en vacances les uns après les autres!). Ils ont déménagé tous les rayons sans y réfléchir à l'avance, et c'est encore plus mal organisé qu'avant. Il y a moins de place pour les livres, les cd's et les jeux sont au milieu de tout, rien n'est organisé de manière à attirer le clients, ni pour faciliter le travail des employés. C'est vraiment du grand n'importe quoi! Sans parler des licenciements... Très bientôt, le préavis de celui qui note plus de la moitié des livres du magasin arrivera à son terme, et il ne sera pas remplacé. Mon travail est nettement moins important, mais je fais quand même une bonne partie des achats, et si je ne suis pas remplacée non plus, ils vont s'amuser!

Oui, définitivement, quitte à ce que quelqu'un soit encore viré, je préfère que cela soit moi... Cela ne va vraiment pas être drôle pour ceux qui restent! Et je ne sais pas comment ils feront quand ils voudront prendre congé, surtout si Prunelle continue à aller faire joujou avec ses potes dans l'autre magasin tous les jours...

A leur place, j'assurerais quand même mes arrières: tous les endroits où j'ai travaillé, sans exception, ont fermé dans les six ans qui ont suivi mon départ! Et vu la manière dont ça tourne pour le moment, c'est mal barré... (Mouais, faudra peut-être que j'efface ce paragraphe le jour où je devrai chercher mon nouveau boulot!:-P) Ils ont le nom, prestigieux, que tout le monde connaît à Bruxelles, mais est-ce que cela suffira face à l'incompétence de mon futur-ancien-chef?

Hou que je suis mauvaise... Seule l'avenir dira si j'ai raison, mais, jusqu'à présent, je ne me suis pas trompée! Et je dois bien avouer que c'est jouissif! Enfin, presque... Je pensais que les autres gérants finiraient pas ouvrir les yeux sur ce qu'est en réalité Prunelle, mais il sévit toujours!

Il a tué le magasin, il a détruit mon rêve, et je lui prédis un bel avenir de looser! En tout cas, il vient de virer une de ses employées les plus dévouées et les plus travailleuses, juste un chouia démotivée par ses conneries...

Ce matin, quand je suis arrivée, il m'a dit bonjour en me regardant avec des yeux de chiens battus. Moi, j'avais la pêche! J'ai demandé pour partir plus tôt en récupérant une de mes heures supp', et ça a été accepté! J'ai ensuite demandé la date de fin de mon préavis, sans reparler de cette idiotie de soi-disant essai, et j'ai été contente d'apprendre que je terminerai normalement le 5 septembre. J'étais moins contente d'apprendre que du coup je ne pourrai pas prendre mon congé parental mais bon, c'est pas grave, j'ai quand même droit à un jour de congé en plus par semaine! En dehors de ça, on ne s'est pas parlé. Il a fait chier mes collègues, en exigeant qu'ils prennent leur pause à certaines heures (ça fait des mois que ça aurait dû être fait mais bon, mieux vaut tard que jamais!) mais moi, j'étais tranquille! Et quand j'ai annoncé à l'un de mes clients préférés que j'étais viré, j'ai clairement dit que c'était parce que je n'aimais pas la gestion du magasin et que, en tant qu'employé, j'avais juste le droit de me taire! Un peu plus tard, quand une cliente m'a dit qu'elle détestait la nouvelle disposition du magasin, je lui ai dit que j'étais dans le même cas, mais qu'on avait pas le droit de le dire sans se faire virer! Qu'est-ce que ça fait du bien! S'il comptait sur sa petite manipulation pour me faire fermer ma gueule pendant mon préavis, c'est foutu...

En attendant, aujourd'hui, ma collègue s'est beaucoup plainte de l'odeur du puant, mon collègue s'est plaint du fait qu'il n'avais ni le temps ni la place pour pouvoir ranger les livres qu'on venait d'acheter, et ni l'un ni l'autre n'ont été inquiétés... Ils parlent moins fort que moi, mais pourtant je ne suis pas pire qu'eux!


lundi 16 novembre 2015

Un peu perdue...

Je ne comprends pas...
Je ne comprends pas les terroristes, je ne comprends pas les racistes, je ne comprends pas les religions, je ne comprends plus le monde dans lequel je vis... 
En cherchant une photo pour illustrer cet article, j'ai indiqué "Je suis humain" dans la recherche Google Image. Au début, ça va. Différents "Je suis humain", de toutes les formes, de toutes les couleurs, quelques "Je suis Charlie", normal, actualité récente. Et puis, un "Je ne suis pas Charlie, je suis armé" au milieu du reste... C'est là qu'une furieuse envie de pleurer et d'hurler me remonte du bas ventre!
J'ai laissé tombé mon idée de base. J'ai choisi Saudek...


En janvier, je n'ai pas mis le logo "Je suis Charlie" que tout le monde s'est fait un plaisir de partager. Non, moi je ne suis pas Charlie, moi je suis Hara-Kiri, je suis bien plus bête et méchante que Charlie, bien moins sérieuse, beaucoup plus caustique, c'est pourquoi j'ai mis le "Je suce Charlie" en hommage à Wolinski. Et quand tout le monde a changé de photo de profil, moi j'ai gardé la mienne, car janvier, ça n'est pas si loin, et que ça me semble un peu rapide pour tourner la page. Je n'ai même pas changé pour le décès de mon papa - j'étais en deuil, je le suis juste un peu plus... 
Depuis vendredi, j'ai vu les couleurs de la France envahir Facebook, mais même si toutes mes pensées vont vers les victimes de ces odieux attentats, je ne suis pas le mouvement. Ca va bien plus loin que ça pour moi! Je ne suis pas française, je ne suis même pas belge, je suis un être humain, simplement! Et je suce toujours Charlie...
Je me sens tellement démunie, avec mes idées "Peace and Love"... C'est gens ne sont pas des hommes de Dieu, d'aucun Dieu, ces hommes sont des malades mentaux, c'est tellement évident! Il ne s'agit plus d'une religion ou d'un courant de pensée. Quelque part, en Syrie ou ailleurs, il y a des gens qui endoctrinent des imbéciles au point d'en faire des machines de guerre. Et s'ils se servent du nom d'une divinité, ça n'est qu'un moyen comme un autre de donner de la crédibilité à leurs conneries, eux n'y croient certainement pas. Comment peut-on lutter contre ça? Trois hommes se sont fait exploser "inutilement" car c'était le moment, et tant pis s'ils n'étaient pas au milieu de la foule! Mais, bon sang, où ont-ils pu recruter des blaireaux pareils??? Ils les lobotomisent?
Les coupables sont-ils les terroristes? Ceux qui les endoctrinent? Ou peut-être est-ce nous, qui avons laissé des jeunes se perdre au point qu'ils tombent dans les mains de gourous sanglants? Peut-être est-il grand temps de nous remettre en question et d'attaquer le problème à la base...


lundi 26 octobre 2015

Nouveau monde

Et voilà, les changements redoutés au boulot ont eu lieu... et j'ai beau chercher, je ne vois aucune amélioration, ni pour les clients, ni pour les employés. Au mieux, on a pu sauver quelques vestiges de notre ancienne manière de travailler, pour le reste, la machine autrefois bien rodée et huilée à beaucoup de mal à se remettre en marche...

J'ai la désagréable impression d'avoir un couteau planté dans les côtes, et que quand je dis à mon boss: "Dis, le couteau que tu m'as mis dans les côtes me gêne un peu!", il le retourne, l'enfonce un peu plus profondément et me demande: "Et comme ça, c'est mieux?". C'est vraiment déprimant et démotivant...

J'ai passé des heures à ranger des étagères, pour que une semaine après ils déménagent tout une fois de plus. À aucun moment, lorsqu'ils décident de faire un changement supplémentaire, ils ne prennent en compte notre avis, ils ne pensent même pas aux conséquences que cela entraînera pour celui qui effectue le boulot. Tout ce qu'on avait simplifié pour nous faciliter les choses est aujourd'hui beaucoup plus compliqué qu'avant, et ce qu'on faisait en dix minutes l'année passée nous prend aujourd'hui une heure. Mais, évidemment, le but de ces travaux est que ce soit plus rentable! Y a un truc que je ne comprends pas bien mais c'est sans doute car je ne suis qu'une employée un peu conne sur les bords!

Ce travail, c'est ma passion, mon rêve de petite fille, mon hobby! Pendant presque dix ans, j'ai travaillé dans mon paradis! Il y a eu des hauts et des bas, mais jamais je n'ai été bosser avec les pieds de plomb, au contraire! J'adore ce boulot, vraiment. Mais, naïvement, je pensais travailler pour des gens qui partageaient la même passion que moi pour le vieux livres d'occasion... j'y ai vraiment cru, pendant longtemps, et je crois effectivement qu'au début, c'était le cas! Aujourd'hui, ils se sont embourgeoisés, seuls les résultats comptent, ils leur faut des sous, et toujours plus. Qu'on vende des livres ou des casseroles, aujourd'hui, ils s'en foutent, pourvu que ça paye... et, pour que ça rapporte plus, ils ont donc compliqué notre travail, et réduit la surface de vente! Tout cela est parfaitement logique... Et c'est sans parler du nombre d'employés... Nous serons bientôt moins nombreux que les gérants! Mais tout va bien...

Cerise sur le gâteau, nous avons hérité d'un collègue qui travaillait à l'arrière. Ce qu'il y avait de bien, quand il travaillait dans le stock, c'est qu'on ne pouvait ni l'entendre ni le sentir. Aujourd'hui, il est là, c'est sur! Vendredi passé, le boss a eu une petite discussion en privé avec lui pour lui expliquer que certains de nous étaient incommodés par ses odeurs corporelles, après quoi il est venu nous dire qu'il suffisait de lui dire pour qu'il aille remettre du déo. Mouais... on est mal barré sur ce coup là... comment lui expliquer sans le vexer que ce n'est pas de déo dont il a besoin mais de vêtements propres et d'une douche quotidienne?

Bref, les journées vont être longues...

Vite le weekend!

mercredi 9 septembre 2015

Les joies de la désinformation par la propagande...


J'avoue que je ne sais plus trop quoi penser ces derniers temps... J'ai l'impression qu'aucune des informations qui parviennent jusqu'à moi n'est juste, que toutes sont influencées d'une manière ou d'une autre, et j'en arrive à ne plus croire personne...

Mon amoureux m'a traité de facho il y a quelques jours, car je lui ai dit que j'étais "mitigée" sur la question des réfugiés. Pas toujours facile de trouver les mots pour exprimer ce que je ressens, et il n'a sans doute pas compris ce que je voulais dire. Simplement, les médias ont décrit la Syrie pendant des années comme un pays de fous, d'où nos jeunes reviennent complètement endoctrinés au point qu'on préfère qu'ils restent là-bas. Aujourd'hui, il faut accueillir les réfugiés de Syrie, qui ne sont plus que des pauvres gens qui n'ont rien. En fait, ce n'est pas sur la question des réfugiés que je suis mitigée, il est évident que si je peux faire quoi que ce soit pour aider un être humain à ne pas mourir, je le ferai! C'est la qualité de nos informations dont je doute fortement! Voilà, mon amoureux, c'est ça que j'aurais dû te dire: l'actualité d'aujourd'hui me fait fortement douter des informations qu'on nous donne chaque jour et, oui, je ne sais pas trop quoi penser à ce sujet-là, car j'ai reçu un paquet d'informations contradictoires! Ce que j'aimerais, vraiment, c'est rencontrer des Syriens qui puissent me dire exactement ce qu'était leur vie et pourquoi ils risquent tout pour venir en Europe. Me faire ma propre opinion, loin des avis politiques et religieux qui essayent de nous influencer à grand coup de matraquage médiatique!

Il est évident qu'il ne faut pas laisser mourir ces gens et qu'on devrait les aider à quitter la guerre, mais il faut aussi être réaliste et se rendre compte que cela ne peut être qu'une solution provisoire! Puisque on compare les mouvements de population d'aujourd'hui avec ceux de 1940, n'oublions pas que ceux qui ont fuis la deuxième guerre mondiale sont le plus souvent retournés chez eux dès qu'ils en ont eu la possibilité. Et il y a une petite voix dans ma tête - pas la meilleure partie de moi, je vous l'accorde - qui me susurre qu'aujourd'hui les réfugiés n'auront peut-être pas vraiment envie de rentrer chez eux par la suite, nos avantages sociaux étant bien plus attrayants que les leurs! Et, si en soi, ça ne me gêne absolument pas de partager, l'avenir est déjà bien sombre pour nos futurs pensionnés, et j'ai dû mal à imaginer ce qu'il y aura à partager... Et puis, surtout, si tous les Syriens quittent leur pays, qu'est-ce qu'il se passe après? Les fous dangereux qui resteront sur place s'approprient le territoire et c'est fini, on leur abandonne un pays, comme ça? Ce n'est pas les aider à trouver leur place en Europe qu'il faut faire, c'est les aider à pouvoir vivre chez eux comme ils le désirent! Et c'est triste qu'il ai fallu attendre plus de quatre ans et un mouvement de population d'une telle ampleur pour que les grandes puissances bougent enfin leur cul!

jeudi 20 août 2015

Au revoir Papa...



Le jeudi 6 août, jour de mon anniversaire, j'étais dans le train pour aller bosser. J'ai dit à ma collègue que mon père n'avait pas l'air d'aller bien du tout, et elle m'a répondu: "Qu'est-ce que tu fous là? C'est avec lui que tu devrais être! Personne ne te le reprochera!"
C'est ce que je voulais entendre... Arrivée à Bruxelles, plutôt que de la suivre sur notre lieu de travail, j'ai pris un autre train pour aller chez mon père.
Arrivée là, je me suis rendue compte de la gravité de la situation: il pouvait à peine se déplacer, il n'arrivait plus à avaler quoi que ce soit, pas même ses médicaments. Je ne sais pas pourquoi il n'avait pas demandé mon aide plus tôt, mais ce jour-là, il m'a avoué qu'il était content que je sois venue car il craignait de rester seul. J'ai dû repartir le soir, mais j'y suis évidemment retournée le lendemain...
C'est là qu'il a téléphoné à son médecin pour lui dire que c'était pour maintenant, qu'il voulait se faire euthanasier le plus vite possible.
Samedi, lorsque mon frère est rentré de vacances, il est directement allé chez mon père. Nous avons ainsi passé la dernière semaine tous les trois. Je rentrais le soir pour m'occuper des enfants, mais Gaël est resté jour et nuit et s'est occupé de papa à plein temps. Il a même appris à faire des piqûres!
La mardi, nous avons fait la connaissance du médecin qui pratiquerait l'euthanasie. Il a demandé, une fois de plus, à mon père s'il était sûr de son choix. Bien sûr, qu'il était certain de son choix! Ca fait plus de trente ans qu'il nous en parlait, qu'il nous répétait qu'il ne voulait pas être vieux, pas être malade, pas être un boulet pour les autres! Il a confirmé une fois de plus...
Il avait décidé que ce serait pour le vendredi, et les médecins ont répondu présents. Ils étaient très bien, ses médecins. J'ai apprécié leur professionnalisme, mais aussi leur humour et leur compréhension!
Et le vendredi est arrivé. Mon papa avait bonne mine, il semblait plus heureux que jamais. Il nous a dit, entre autres, que depuis qu'il savait qu'il allait mourir, il pouvait parler de maman sans pleurer, car il savait qu'enfin il allait arrêter de souffrir de son absence... Sa plus grande douleur n'était pas sa maladie, mais toujours l'absence de maman...
Les médecins et l'infirmière ont été très bien, même si l'on voyait qu'ils n'étaient pas à l'aise: leur vocation est de soigner, et non de tuer, je peux comprendre! C'est humain, c'est normal...
Mon papa souriait, il était heureux de partir! Il nous a dit au-revoir, et, comme il commençait à avoir soif, il s'est dit qu'il était temps de s'endormir.
Le docteur a fait la première injection. Une espèce de relaxant d'après ce que j'ai compris.
Il a fait la deuxième injection, a dit: "Au revoir, Monsieur C." Mon père a bredouillé quelque chose que je n'ai pas compris, il a ronflé deux fois, et c'était fini avant même que le médecin ne fasse la dernière piqûre.
Finies les douleurs physiques, fini le manque de ma maman, fini ce mal de vivre qu'il a toujours eu en lui.
Je suis triste, horriblement triste, j'ai perdu le dernier de mes parents! Et, en même temps, je suis heureuse que cela ce soit terminé comme cela. Je n'aurais plus supporté l'hôpital, l'attente des résultats, le voir souffrir, mourir à petit feu. Il a fait le bon choix, il nous y avait préparé depuis toujours, c'était sa volonté et je le comprends et le respecte!
Il a fait ça en partie pour nous, pour nous éviter des souffrances supplémentaires, et je lui en suis infiniment reconnaissante.
Je suis heureuse que notre législation autorise les gens à choisir leur mort, et que cela puisse aussi bien se passer.
Tu vas me manquer papa!

mercredi 5 août 2015

Le dur retour à la réalité...

Mes vacances étaient parfaites! Le soleil, les enfants, mon amoureux, l'endroit, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le seul inconvénient: c'était trop court! J'ai passé quinze jours idylliques, j'aurais bien prolongé un peu les choses...
Je n'ai pas à me plaindre: cerise sur le gâteau, j'ai passé les deux derniers jours chez mon amie d'enfance, en France. Elle venait tous les étés en Belgique, mais jamais je n'avais été chez elle. Là aussi, tout était parfait: après vingt ans, nous avons beaucoup changé toutes les deux, mais pourtant on aime toujours les même choses. Nos maris s'entendent bien, nos enfants aussi, bref, c'était génial!

Et puis, le retour...

Mon père semble avoir pris dix ans en quinze jours. C'est nul, c'est moche, ça me fait chier! Je serai bientôt orpheline et je n'aime pas ça! Ça peut paraître débile de dire ça à la veille de mes 38 ans, mais mes parents, c'était mon port d'attache, mon pilier, ceux sur qui je pouvais toujours compter, et très bientôt le dernier d'entre eux ne sera plus là. Certes, il me reste plein de monde: mon frère, mon amoureux, mes enfants, certains amis très proches aussi, mais ça va quand même faire un fameux vide. Et puis ça va être difficile... Vendre la maison de mon enfance, entre autres, je trouve ça nul... Mais bon, si j'ai appris une chose à la mort de ma maman, c'est qu'on ne peut rien y changer. Je pourrai faire ce que je veux, prier qui je veux, crier autant que je peux, pleurer toutes les larmes de mon corps, rien ne fait revenir les morts, et la terre ne s'arrêtera pas de tourner, et la vie continuera, et on n'aura pas d'autre choix que de s'habituer à une absence de plus... Pffff, pas très rigolo tout ça...

Un p'tit tour par le boulot pour se dérider? Eh ben non... Le changement annoncé est venu et, en effet, les choses sont nettement moins rigolotes pour le moment! Des modifications vont encore être faites, on va s'adapter - c'est le point fort de l'homme, non? On s'adapte vite! - mais en attendant, c'est assez démotivant... Enfin, surtout pour les autres! Un de mes défauts, et j'en ai conscience, c'est que j'aime - et le mot est faible - avoir raison!!! Et la situation actuelle, si elle est à la limite du dramatique, me fait jubiler car j'avais prévu que ça ne marcherait pas comme ils le voudraient et, en effet, j'avais raison! Ô jouissance!!!
En gros, tout le monde fait la gueule. Faut dire que l'organisation n'est pas optimale. D'après le compteurs de pas d'un de mes collègues, on fait aujourd'hui trois fois plus de pas sur une journée qu'avant les travaux. Si vous cherchez quelque chose, c'est simple, il suffit de chercher à l'endroit totalement opposé de l'endroit où vous vous trouvez!
A côté de ça, honnêtement, je trouve génial qu'on donne un coup de neuf au magasin et qu'on réorganise les rayons. Le problème principal, c'est le manque de communication: nous avons une flopée de gérants qui ont chacun une idée bien précise de ce qu'il veut et qui n'en fait pas forcément part aux autres avant de nous charger de l'exécution des travaux. J'aimerais m'impliquer plus, prendre des initiatives, aider au transfert des rayons, proposer des idées, mais j'ai l'impression que tout le monde est agacé par tout le monde, que personne n'est d'accord avec personne, et je me sens un peu comme un cheveu dans la soupe. Je fais mon boulot, comme avant, tranquillement, mais il faut bien avouer qu'il y a beaucoup moins de travail: entre le piétonnier qui fait peur aux provinciaux et les travaux qui chamboulent tout le magasin, beaucoup de clients baissent les bras et vont ailleurs...
En attendant, je me tais, j'écoute, je rappelle juste de temps en temps que ce n'est pas à moi qu'il faut faire part de son mécontentement, étant donné que quand j'ai tenté de m'y opposer alors que ce n'était qu'un simple projet, je me suis retrouvée seule contre tous. Fallait que je me taise, que j'attende, que je laisse faire, que je voie ce que ça donne. Aujourd'hui, ils s'en mordent tous les doigts, moi j'ai déjà eu le temps de m'y faire... Mais j'ai souvent cette image, d'une discussion avec mon chef en présence de mes collègues les plus proches, où je les ai pris à témoin, je leur ai demandé de dire vraiment ce qu'ils en pensaient, de ne pas se laisser faire, et ils ont tous baissé les yeux, ils n'ont rien dit... Aujourd'hui, certains ne sont pas sûrs de s'y habituer. Moi, je sais que j'y arriverai. Ce boulot n'est pas qu'un travail: c'est un hobby, une passion! J'adore être là, et je vais tout faire pour ne pas en bouger!

samedi 27 juin 2015

Transition...

Période de ma vie étrange...

Mon papa, pour commencer. Ben oui, forcément, ça me trotte en tête en permanence... Pas facile de savoir qu'on va bientôt euthanasier le dernier de mes parents, et pas facile non plus de faire comprendre à mon entourage pourquoi je ne semble pas plus... choquée? Je ne sais même pas à quoi ils s'attendent au juste. Je devrais passer mes journées à pleurer? Ou essayer de le convaincre d'essayer de se faire soigner?
Je sais depuis toujours, depuis avant que la loi pour l'euthanasie soit votée, que mon père ne veut pas être malade. Il ne veut pas vieillir, ni avoir besoin de soin, il ne veut être un poids pour personne, et personne ne pourra le convaincre du contraire. Par contre, il veut mourir. Il attend son heure patiemment depuis 67 ans, plus encore depuis le décès de ma maman. Rien ni personne ne pourra le faire changer d'avis et, en plus, il a l'air tout à fait satisfait de son sort.
Alors j'accepte, car je n'ai pas le choix, parce que c'est la vie, parce qu'il fait aussi ça pour nous, pour nous éviter les souffrances que la maladie de ma mère nous a causées, même si nous sommes heureux qu'elle se soit accrochée à la vie aussi longtemps qu'elle a pu.
Et, mon frère et moi, on fait ce qu'il veut: on se partage l'héritage, on envisage la manière de vider la maison (ça va être un fameux chantier!), et on essaye de positiver autant que possible, et de profiter des derniers moments qu'on peut passer tous ensemble.

Et je vois la vie autrement, plus précieuse encore. Je n'ai presque pas fumé aujourd'hui, tout simplement parce que je ne veux pas être essoufflée, je ne veux pas être malade, je ne veux pas mourir, je veux vivre, plus que jamais!!!

Surtout que, deuxième point, tout mon environnement est en travaux! Le magasin, le trajet du magasin à la gare, la gare de Ath et ma maison! Je circulerai bientôt dans un monde tout neuf, moins polluant à priori puisque mon trajet bruxellois sera désormais un piétonnier (si ce n'est qu'ils laissent passer ces horribles taxis!). J'ai hâte de voir tout ça fini!!!

Et, enfin, l'actualité... Cette triste et terrible actualité... Je dois avouer que je me sens un peu dépassée par les événements de ces derniers mois, que ces malades qui tirent dans le tas ou se font péter dans des endroits publics remettent en question mes beaux grands principes humanistes! Comment récupérer ces gens? Ils sont fous, réellement, et comment peut-on réagir face à ça?

Je n'aime pas "parler religion". Chacun ses croyances, inutile d'en discuter, vous ne me convaincrez pas plus que je ne vous convaincrai... Sauf que ça, c'était avant, ça ne peut plus continuer comme ça! Qu'on se batte encore au XXIème siècle aux noms de dieux, quels qu'ils soient, ça me débecte!!!
J'ai grandi dans une famille en partie catholique et, jusqu'à 12 ans, j'étais dans l'enseignement catholique. Mais, vers 9 ou 10 ans, quand on m'a demandé mon avis, j'ai annoncé que j'étais athée, et j'ai cessé tout activité religieuse à l'école (plus de cours de religion, ni de messe, ni de communion). Je n'ai jamais essayé de convaincre personne de l'inexistence des dieux, je me balance de ce qu'ils pensent, je suis persuadée que c'est moi qui ai raison!
La présence des livres "sacrés", des commandements, et de tous les grands principes religieux sont logiques: ça explique aux hommes comment vivre ensemble, et ça semble tellement évident que ces règles ne pouvaient être appliquées par le plus grand nombre que si on leur donnait une origine mystique qui, de plus, permet de répondre à plein de questions qui jusque là restaient des mystères! Bref, je comprends que les religions aient une existence, mais je ne comprends pas qu'on puisse encore y croire aujourd'hui...
Jusqu'ici, je croyais qu'il s'agissait d'une prise de conscience personnelle: on ne peut pas convaincre quelqu'un de devenir athée, mais l'humanité finira par le devenir tôt ou tard puisque c'est LA vérité! Mais a-t-on le temps d'attendre que les hommes prennent conscience qu'ils sont dans l'erreur et que le paradis, c'est ici et maintenant, et qu'il faut qu'ils arrêtent d'en faire un enfer?
Il est grand temps que les religions deviennent un sujet d'histoire, et non plus une philosophie!!! Il faut enseigner toutes les religions dans les écoles, et pas d'un aspect philosophique, mais historique! Elles ont été créées pour des raisons simples et évidentes, elles ont évolué de manière souvent presque identiques, il faut les étudier, les analyser, et non plus les pratiquer! C'est là que se trouve le réel progrès que l'humanité peut faire ce siècle-ci! Il est grand temps, un monde sans religion nous ouvrirait de nouvelles perspectives, nettement meilleures que celles qui s'annoncent!
Apprenons à nos enfants à se méfier des gourous, de ces connards qui s'en mettent plein les poches et qui vivent comme des seigneurs pendant que leurs moutons donnent jusqu'à leur vie pour eux. Apprenons leur à ne pas craindre la vie, à ne pas craindre la mort, et à croire en eux, quoi qu'il arrive!!!
Et rangeons ces dieux primitifs au fond d'un tiroir et dans des musées, c'est là qu'est leur place!

Mais les fous de dieux n'étaient pas les seuls à montrer leur connerie... L'ère d'Internet et des télécommunications est à ses débuts, mais il va vite falloir penser à éduquer les gens à ce sujet aussi! Les médias nous inondent d'informations en direct, sans les vérifier, sans les filtrer. Les familles qui reconnaissent leur proche mort sur la sable? On s'en fout. Les téléspectateurs qui aimeraient être informés sans pour autant être mitraillés d'images insoutenables? On s'en balance aussi. Aucune pudeur, aucun respect, aucun savoir vivre. La liberté, oui, mais sans nuire à la liberté de l'autre! Bon sang, mais c'est quand même pas compliqué?

J'ai l'impression que tout pourrait être tellement simple si les gens étaient moins cons!

lundi 22 juin 2015

Lettres retrouvées

Un siècle...

C'est pas grand chose, un siècle! Quand j'étais petite, ça me semblait super loin, mais aujourd'hui que j'ai 37 ans, en fait, 100 ans, c'est vraiment pas grand chose!!! Trois fois ma petite vie, rien de plus...

J'ai retrouvé des lettres et des documents appartenant à la famille van Steenberghe dans la première moitié du XXème siècle. Ca me semble si proche...

Et pourtant, c'est totalement un autre monde, et pas seulement à cause de la guerre: pas d'avion (pas pour monsieur tout le monde en tout cas), pas de voiture rapide, pas de téléphone, pas d'ordinateur... En lisant ces lettres, je me suis rendue compte que rien de ce que je touche, rien de ce que je vois, rien de ce que j'entends, n'existait à l'époque où elles ont été écrites! Les chanteurs que j'ai écouté en les lisant n'étaient pas nés, la moitié des livres que j'ai lu n'avaient pas encore été publiés, pas de gsm, des moyens de communication dérisoire (deux mois pour recevoir une lettre!)... Ca donne une autre dimension à l'expression "partir au bout du monde"!



Aujourd'hui, rien de plus facile que de communiquer, où qu'on soit, pourvu qu'on dispose des bons instruments.

Mais que restera-t-il de nos divagations sur toile??? J'ai sauvé ces papiers du recyclage, in extremis, car ils sont une preuve exceptionnelle à mes yeux de ce qu'était la vie des colons et, dans une moindre mesure, des poilus durant la première guerre mondiale. Ils ont souffert en 100 ans, mais ils sont là, parfaitement lisibles, aujourd'hui scanné et donc à l'abri de la pourriture éventuelle qui pourrait s'étendre. Mais est-ce une sauvegarde certaine? Nous qui n'écrivons plus sur papier, mais uniquement des emails et des sms que nous nous empressons de glisser dans la corbeille une fois lu, qui pourra retracer nos vies dans un siècle?

Je n'aime pas la poste, surtout à son prix actuel (le XXeme siècle avait du bon!), mais ça avait tellement de charme, la correspondance papier...

https://drive.google.com/file/d/0Bz2XMzeIlUtXblE0dGowOUF6SFk/view?usp=sharing


vendredi 5 juin 2015

Un peu de changement...

Même si en soi, tout le monde s'en fout, puisque personne ne sait que ce blog existe...

Je ne peux pas ne parler que du magasin. Hors contexte, la plupart des anecdotes ne sont pas drôles, ou peut-être que c'est moi qui suis trop nulle pour raconter, mais il faudrait que je raconte en détail chacun de mes collègues pour pouvoir tout bien expliquer, et je n'ai pas le droit d'étaler leur vie sur le net sans leur consentement.. Et demander leur consentement signifierait leur avouer l'existence de ce blog, et je n'ai pas forcément envie que ce soit le cas... On ne sait jamais si je m'énerve sur l'un d'eux un jour! :-P

Bref, comme on ne parle bien que de ce qu'on connaît, je parlerai de moi, na! Puis faut dire que je m'aime beaucoup, alors j'aime bien parler de moi! Et au diable la fausse modestie!!!

Ca tombe bien: j'avais besoin d'évacuer, ce soir!

Un cancer m'a prit ma mère il y a quatre ans, un autre a été diagnostiqué chez mon père cette semaine. Cool, génial, je suis ravie... :-(

Mon père, lui, l'est, ravi! Comme s'il avait attendu ça toute sa vie, comme si c'était un honneur pour lui de mourir de la même maladie que ma mère... Il va enfin pouvoir endurer ce qu'elle a enduré, c'est son chemin de croix à lui.

Je me rappelle très bien de plusieurs conversations que nous avons eu, quand j'avais moins de dix ans. Il me disait qu'il ne voulait pas vivre au-delà de quarante ans, qu'une fois cette étape franchie, on n'était plus bon à rien, qu'on était juste un boulet pour les autres, et que mon frère et moi n'avions pas à nous inquiéter, qu'il se suiciderait avant! Et puis, à quarante ans, il s'est trouvé une poulette de vingt ans sa cadette, ça lui a redonné une raison de vivre pour quelques années... Il est ensuite revenu chez ma mère, la queue entre les jambes, juste à temps pour apprendre qu'elle était malade et pour s'occuper d'elle. Depuis son décès, il n'attend qu'une chose: mourir à son tour! Il me l'a dit, l'année passée! Il m'a dit qu'il aurait préféré que mes fils et moi ne soyons pas là, car c'est à cause de nous qu'il est obligé de vivre.

Son vœu est exaucé: il ne vivra pas vieux... Aujourd'hui, il voit le monde sous un jour nouveau: il peut picoler autant qu'il veut (ça ne le tuera pas aussi vite que le cancer), manger ce qu'il veut (là encore, le cancer sera le plus rapide), et il aura même bientôt des drogues à sa disposition (s'il avait pu se faire inoculer un cancer,il l'aurait fait il y a des années vu toutes ces bonnes nouvelles!).

Et, mon frère et moi, nous ne sommes ni surpris, ni déçus, un peu triste peut-être mais même pas excessivement... Notre père est mort il y a quatre ans, sa vie s'est arrêtée le jour où ma mère a cessé de respirer, ce qu'il reste de lui n'est que l'ombre de ce qu'il était. C'est son tour à présent. Il n'a jamais aimé vivre, j'espère qu'il appréciera plus la mort...

jeudi 28 mai 2015

Ces clients que j'aime...

Ce matin, en arrivant au magasin, surprise: môssieur l'Artiste était là!

Petit flashback: môssieur l'Artiste est petit, rondouillard, à moitié chauve, rougeaud, gluant de fausse sympathie, bavard, le plus souvent habillé de short à carreaux, les chaussettes remontées bien haut sur les mollets. Il y a plus de dix ans, c'était un client habitué, de ceux qui viennent fouiller nos rayons chaque jour. Il se présente comme un grand artiste, érudit. Il proposait à toutes les filles de poser pour lui! Nues, bien entendu...
Il agace... Et pas que moi! Il agaçait plein de monde à l'époque!
Un jour, il a trifouillé des trucs bizarres avec des bouquins qu'il venait de vendre et qu'il voulait racheter. On n'a pas vraiment compris où il voulait en venir, mais c'était l'occasion rêvée, et on lui a demandé de sortir du magasin et de ne plus y revenir.
Le lendemain, revoilà môssieur l'Artiste, la bouche en cœur, qui vient voir mon boss pour lui dire, devant moi: "Elle ne m'aime pas parce qu'elle m'a fait des avances que j'ai refusés. Depuis, elle cherche à se débarrasser de moi!" Mon boss ne l'a bien sûr pas cru, mais il a tellement rit (je ne sais pas si c'était de l'histoire en elle-même ou de mon air choqué) qu'il a autorisé le môssieur à revenir faire ses emplettes chez nous.
J'étais dégoûtée!!!
A partir de ce moment-là, dès qu'il m'adressait la parole, j'étais en mode "super désagréable" (c'est un jeu que j'adore et je fais ça très bien!). J'étais infecte, immonde, je prenais tout le monde à témoin, je racontais son histoire ridicule à qui voulait l'entendre, je ne le lâchais pas! Et, en grand bavard, il s'obstinait à m'adresser la parole...
Après une grosse année, il m'a écrit une lettre, pleine de grands mots et parfois totalement incompréhensible, qui en gros signifiait qu'il en avait marre que je sois désagréable et qu'il aimerait que je lui foute la paix car il ne comprenait pas les griefs que j'avais à son égard.
Quand je l'ai croisé quelques jours plus tard, je lui ai simplement dit: "Non seulement, je ne veux pas que vous me parliez, mais, en plus, je ne veux pas que vous m'écriviez!" et, là, il a pété un plomb: il est devenu tout rouge, et a hurlé dans le magasin en agitant ses petits doigts boudinés: "Salope, pétasse, sale pute, grognasse" etc. Jamais il n'avait été vulgaire jusque là, mais son vocabulaire était plutôt bien étoffé... Moi, je me régalais: deux de mes boss l'ont pris par les bras et l'on gentillement raccompagné sur le trottoir. J'avais gagné!

Depuis, il est interdit d'entrée. Il peut toujours essayer les jours où je ne bosse pas, mais quand je suis là, il n'a aucune chance de flâner dans nos couloirs!

Ce matin, il était là avec vingt minutes d'avance. Il me regardait avec un petit sourire satisfait. Je me suis chargée de le lui effacer dès qu'il a franchit la porte! Je l'attendais et lui ai fait faire demi-tour directement! Il a demandé mon nom, pour aller porter plainte, et m'a dit: "On se voit tout à l'heure, chez les avocats!" Hihihihi, j'adore!

De manière générale, j'adore nos clients: je peux compter sur les doigts d'une main ceux qui m'énervent et dont je me passerais volontiers! Il y a donc môssieur l'Artiste, la princesse (une vieille emmerdeuse qui vient mendier des livres presque tous les jours entre deux Cara sur le banc d'en face. Son erreur: abandonner certains livres dans la rue et le fait que ce ne soit pas une cliente: elle ne vend pas, elle n'achète pas!), et la baronne (une autre vieille, qui s'entendrait à merveille avec môssieur l'Artiste, bavarde comme une pie et qui essaye d'entamer la conversation avec tous ceux qui ont le malheur de croiser son regard! Son erreur: quand je suis revenue de mon congé de maternité, cette dame que je n'avais jamais vue s'est présentée à moi comme une grande habituée, qui connaissait bien les patrons, et qui était au magasin comme chez elle. C'est chez moi, ce magasin, et les clients sont des invités, pas des habitants! Non mais...).
Trois clients qui m'enquiquinent sur les centaines de personnes qui viennent régulièrement, ça va, non?

mardi 26 mai 2015

Le téléphone



Une de nos tâches quotidiennes, comme dans tout magasin, est de répondre au téléphone.
Depuis peu, lorsqu'on nous téléphone, une gentille voix, un peu trop robotisée peut-être, propose de choisir directement le rayon que l'on veut joindre, ce qui nous évite désormais de devoir jouer les téléphonistes. A moins que l'appel ne provienne d'une personne qui ne sait pas faire la différence entre 1, 2 et 3 évidemment... 
Bref, aujourd'hui, nous nous trouvons confrontés à trois types d'appel, ce qui en soi n'est vraiment pas très compliqué.

Les premiers veulent connaître nos heures d'ouverture! Classique... Beaucoup sont étonnés que nous ne fermions pas pendant "l'heure de midi", mais ils insistent pour être certains de ne pas trouver portes closes lorsqu'ils arriveront en croquant dans leur sandwich acheté au passage! 

Les seconds veulent savoir si nous avons un livre en particulier, ce à quoi nous répondons tous, comme des machines:

"Nous n'avons pas de répertoire de notre stock, nous ne pouvons malheureusement pas vous dire de quels livres nous disposons, désolés!"

Cette phrase est systématiquement suivie d'un long blanc... un long, long blanc... ils réfléchissent... faut que l'info arrive jusqu'au cerveau... pas de répertoire du stock, keskessapeubienvouloirdire??? 
Là, les réactions divergent en fonction de la personnalité des gens. Certains raccrochent, parfois sans dire un mot, parfois après avoir glissé un timide "Merci, au-revoir". D'autres nous demandent d'aller voir en rayon, ce à quoi nous répondons que nous avons autre chose à faire et que, si nous l'avons, de toute façon, nous ne pouvons pas le réserver et rien ne certifie qu'il sera encore là quand la personne viendra le chercher. Celle que je préfère, c'est: "Même si je vous donne le titre et l'auteur?" Celle-là, elle me fait bien rire: ça veut dire que vous vouliez me demander de chercher un livre sans me dire duquel il s'agissait? Je suis douée dans mon boulot, mais pas devin!
Ca les énerve souvent, ça, mais bon, on n'a vraiment pas le choix... Si on devait aller chercher en magasin tout ce qu'on nous demande au téléphone ou par e-mail, on devrait avoir un employé à temps plein rien que pour ça: les demandes de ce type n'arrêtent jamais!!! Un jour, un mec m'a répondu: "Sans aucun répertoire de votre stock, votre magasin ne tiendra pas trois semaines! On est au XXIème siècle!!!" C'était il y a huit ans, et le magasin existe depuis plus de 60 ans, sans répertoire, tout simplement car nous achetons des milliers de livres chaque jour, dont beaucoup d'anciennes éditions d'avant l'arrivée des codes barres, et, cette fois, ce sont plusieurs employés à plein temps qui seraient nécessaires pour encoder toutes les entrées et toutes les sorties. Nous ne sommes pas dans un type de magasin qui peut se permettre d'avoir un détail du stock, c'est tout! Aujourd'hui, on m'a dit: "Ben à quoi ça sert que vous ayez un téléphone alors?" Ben, franchement, parfois, je me le demande... Sans doute pour que le Prof puisse téléphoner à sa môman et à son amoureux!

Les derniers veulent savoir si nous faisons des achats à domicile. C'est un peu plus compliqué, car ils essayent de nous tirez des larmes, de nous faire pitié, pour éviter de porter le poids de la connaissance! 
Ca donne plus ou moins: "Bonjour Madame. Je voudrais savoir si vous venez achetez des livres à domicile, parce que j'en ai beaucoup, voyez-vous, mon mari était un grand lecteur, et on a plein de livres dans la maison, un peu de tout, un peu partout, et je n'ai pas de véhicule, et je suis handicapée, et depuis que mon mari est mort j'ai du mal à me déplacer, alors en portant plein de livres, en plus, vous pensez! Donc j'aimerais savoir si vous pourriez venir voir à la maison si quelque chose vous intéresse, parce que j'ai vu votre annonce, et on m'a dit que vous rachetiez des livres. C'est vrai, ça, que vous rachetez des livres?" Et pendant tout ce temps, on essaye de répondre, sans succès, car elle ne nous laisse pas en placer une. Quand, enfin, ça s'arrête, on demande combien de livres possède la personne, sachant qu'on se déplace très rarement pour moins de 1000 ouvrages (mais ça on ne le dit pas, aussi non ils vont nous dire qu'ils en ont 2000, même si ce n'est pas le cas!), et, deux fois sur trois, on nous répond: "Oh, beaucoup, y en a dans toute la maison, ça doit faire au moins, je ne sais pas moi, deux ou trois cents!" Pas suffisant, certes, mais tout n'est pas perdu: s'il s'agit de 200 Pléiades, ou de 200 BD's, pourquoi pas? Alors on demande quels genres de livres ce sont... "Oh, un peu de tout vous savez, 60 ans de lecture, mon mari adorait lire! Y'a des romans, des policiers, des collections avec des belles reliures, des beaux livres sur les pays, sur les voitures, etc." Et voilà, c'est mort... 

Toujours les mêmes appels, jours après jours, et, pourtant, on ne s'en lasse pas.
Si on a du monde, on expédie en vitesse: priorité aux personnes qui se déplacent!
Mais, si on a le temps, on savoure, on discute, on rentre dans le jeu, on les plaint, ils adorent!
Et, aujourd'hui, quand le Prof a répondu au téléphone, à sa façon à lui, avec sa manière de parler si particulière qui fait craquer toutes les vieilles femmes en lui donnant des airs de gendre parfait, et qu'il a mit le haut-parleur pour nous faire profiter pleinement de la conversation, il m'a fait pleurer de rire! 

Merci à lui pour ce grand moment!!!

samedi 23 mai 2015

Les interdits!


Les interdits, ce sont les livres que nous ne pouvons pas acheter, soit parce qu'on en a trop, soit parce que ça ne se vend plus.
Parfois, quand les clients nous entendent dire "Non, prends pas ça, c'est un interdit!", ils sont choqués, pensant à tort que nous faisons de la censure. Mais non, c'est simplement que, comme leur logement, notre magasin n'est pas extensible et on ne garde que ce qu'on espère pouvoir revendre.
Pour retenir quels sont ces interdits, on a plusieurs méthodes: parfois c'est visuel, parfois on trouve un moyen memotechnique. Par exemple, pour éviter d'avoir trop de Simenon, on ne reprend pas ceux qui ont une pipe sur la couverture (vieilles éditions poche); les éditions Nathan, c'est comme la bandaison: dur c'est bien, mou c'est nul; pour les éditions Luc Pire, tout est dans le nom... Ca ne veut pas dire que ces ouvrages sont mauvais, juste qu'on a du mal à les vendre!


mercredi 20 mai 2015

Mise en place

Pas forcément évident, les premiers jours... Vingt personnes au moins travaillent dans le magasin, et rien que de devoir retenir tous les prénoms est un défi! Mais je me suis très vite sentie à l'aise, dans mon élément.
Les premières années, on rentrait par l'arrière du magasin. J'arrivais souvent parmi les premières, et j'adorais avancer dans les rayons, lumières éteintes. Pendant quelques minutes, il était à moi, et rien qu'à moi, avec tout son contenu. Puis, mes collègues arrivaient les uns après les autres. Un petit café, une dernière cigarette, et on ouvre la cage aux fauves.
Certains habitués attendent devant les portes à partir de 9h30, alors qu'on ouvre qu'à 10h. Il y a des rumeurs qui circulent, il paraîtrait qu'il faut venir chez nous le jeudi matin par exemple, comme si on travaillait la nuit... Dès que les portes sont ouvertes, ils se ruent à l'intérieur à toute vitesse, renversant tout sur leur passage!
Et la journée commence... Chacun son boulot: on achète, on trie, on note les prix, on range les rayons. et ça n'a rien de monotone, car un livre n'est pas un autre, car chaque bibliothèque est différente. Enfin, chaque vraie bibliothèque, je ne parle pas de celle de la grand-mère belge, abonnée à France Loisirs et Time Life, qui a des tonnes de Danielle Steel, d'encyclopédies Cousteau ou "de beaux ouvrages, avec des belles reliures avec de l'or dessus (ce qui veut dire Reader's digest ou Editions du XXème siècle, youpie!)". C'est triste à dire, mais les bibliothèques qu'on préfère sont souvent celles des morts qui ont des héritiers vénaux et analphabètes. Les gens qui aiment lire viennent nous vendre ce qu'ils n'ont pas aimé, pour faire de la place ou avoir un peu d'argent. Ceux qui n'aiment pas lire nous amènent ce qui traîne depuis des années dans des caves ou des greniers sans que personne n'en ai pris soin, Les héritiers vénaux et analphabètes ne pensent qu'aux gains éventuels, et se font un plaisir de jeter tous les bouquins du grand oncle (un peu illuminé et qui a étudié l'histoire dans son jeune temps de préférence) dans des caisses pour nous les amener. Et là, on aime!!! Ce sont ces achats là dans lesquels on peut faire des découvertes, entendez par là des livres moins courants, qu'on ne voit jamais et qu'on est content d'avoir!
Au départ, on m'a expliqué les tris, la façon de ranger le magasin, j'ai fait quelques tris poches et policiers pour me familiariser avec la marchandise, et, très vite, j'ai dû "coller" les acheteurs et j'ai eu "mes" rayons. A l'époque, il y avait Prunelle, M. et L. Ce sont eux qui m'ont le plus appris.
En soi, ça n'est pas très compliqué, mais il faut savoir ce qu'on peut acheter ou pas (en sachant justifier ses choix car certains clients sont pointilleux), et estimer notre prix d'achat (approximativement la moitié de notre prix de vente).
Les premières semaines, quand je les voyais faire les achats, rapidement, en déconnant entre eux ou avec certains clients, j'avais l'impression que je n'y arriverais jamais, mais c'est une question d'habitude et ça devient un automatisme: aujourd'hui, dès que je vois un livre, je sais si je peux l'acheter ou pas et à combien. Je ne dis pas que je pourrais le faire dans n'importe quel magasin, mais je connais le mien, je connais nos clients, je sais ce qui marche ou pas.
Certains ne comprennent pas nos choix, mais ce n'est qu'une question d'offre et de demande...
Le rythme des achats était beaucoup plus soutenu il y a dix ans. Il était très fréquent qu'on travaille à trois de front, non stop pendant des heures (avec une petite pause clope quand nos yeux commençaient à avoir du mal à faire la mise au point). J'adorais ça. Derrière ce comptoir, on était jamais seul, et il y avait tout le temps quelqu'un pour déconner.


Prunelle, c'est le chef. Depuis que je suis là, il dit qu'il n'est plus acheteur, et qu'il n'a aucune raison d'être au comptoir achat, mais jusqu'à l'année passée, il n'arrivait pas à s'en détacher. Entre ceux qui démissionnent, ceux qu'on vire, ceux qui ne conviennent pas, sa présence était indispensable. Elle l'est toujours selon les acheteurs du moment, mais ça, c'est un autre débat... De manière générale, il est agréable de travailler pour lui. il n'est pas chiant, pas contrariant et pas très autoritaire. Ca devient juste plus gênant quand il doit prendre des grandes décisions: à force de ne vouloir froisser personne, il fait tellement de ronds de jambe et tourne tellement autour du pot que ses instructions ne sont pas toujours très claires. Mais jusqu'ici c'est supportable. Il fait des jeux de mots à la con qui ne font rire que moi (ou les nouveaux qui essayent d'être sympa dans le meilleur des cas) et peut être très rigolo dans ses bons jours.
M. était son bras droit. Il était acheteur, notait les grand format et les BD's. Son truc, c'étaient les antiquités, le théâtre, la littérature. Je n'ai malheureusement pas grand chose à en dire: il a été mon prof pendant deux ans (je le revois encore, les bras croisés, derrière moi, en train de vérifier mon boulot. C'était stressant et rassurant en même temps...), puis il a dû partir... Je le mentionne car si je parle du magasin, il sera forcément nommé, même si ça fait huit ans qu'il est parti. Encore aujourd'hui il me manque et je suis certaine qu'il a encore un paquet de choses à m'apprendre!
L. aussi n'a travaillé avec moi que deux ans. Son point fort, c'était la littérature jeunesse. Il m'a tellement tapé avec des "Cadou" que j'avais acheté alors qu'il ne le fallait pas que je n'en achèterai plus jamais!!! Ce type, il connaissait tous les livres, et pourtant il avait la taille et la tête d'un ado!
Pendant la même période, il y avait Marie. Elle, c'était ma bête noire... Il reste quelques coups de gueule à son sujet qui flottent dans les limbes d'internet, donc inutile d'en reparler, je ne suis là que pour évoquer les choses agréables.
L'équipe des acheteurs du départ n'a donc pas durée très longtemps. Après deux ans, j'étais la plus ancienne, (puisque Prunelle est le chef, il est plus acheteur, on l'a déjà dit!). Il y en a quelques uns qui ont fait des passages éclairs, et d'autres qui sont restés.


Le remplaçant de M. (appelons le Prof, ça lui va relativement bien, même s'il ne veut décidément pas laisser pousser sa barbe) est toujours là. C'est un champion en histoire et en religion! Il semble qu'aucune église d'Europe ne lui est inconnue. Par contre,il n'est absolument pas physionomiste! Ancien prof de néerlandais, on l'a débauché autour d'un repas car on adorait sa présence en tant que client et qu'on savait qu'il n'avait pas d'emploi à ce moment-là. Ce sont ajoutés Mistinguette (eh oui, j'opte définitivement pour les surnoms histoire de ne vexer personne au cas où on me lirait), Papillon et Bonobo. Hihihi, je ne suis pas certaine qu'ils seraient d'accord pour leur surnom, mais je trouve que ça leur va bien!


Mistinguette a d'abord été engagée pour faire la caisse, mais les caissières de l'époque, quoi que très très rigolotes, étaient difficiles à supporter à plein temps, et elle a demandé à rejoindre notre comptoir où, bien malgré elle, on l'a collée aux achats et pas seulement au tri comme elle l'espérait. Elle est très sympa avec les gens qu'elle aime, mais elle peut être terriblement froide si elle vous a en grippe. Jusqu'à présent, elle me supporte, c'est cool, j'préfère... Et pas seulement parce qu'elle serait désagréable dans le cas contraire, non non non, juste parce que je l'apprécie réellement!


Papillon doit son surnom au fait que, quand un mec qui lui plaît passe dans le magasin, on n'a plus l'impression de voir un trentenaire barbu mais une ado qui flotte sur un nuage. J'adore! Généralement, il me parle d'auteurs, de films ou de musiques que je ne connais pas ou très peu (la philo et la littérature, c'est pas trop mon truc...). Quand ce n'est pas le cas, il parle de ses amours et de ses dernières soirées "bufta bufta" comme on les appelle entre nous, et sans omettre aucun détail s'il vous plaît!


Bonobo, c'est un artiste. Il fait de la musique. Tatouage et piercing. Selon moi, il a d'excellent goûts musicaux! Et puis il sort, il voyage, et tchate, il rencontre, il profite, il s'amuse...


Et enfin, chez les acheteurs, il y a moi. Impossible de dresser un portrait des autres sans me décrire aussi! En essayant d'être la plus honnête possible, promis. Je me suis très vite bien entendue avec Prunelle et j'adore le boulot, donc ça aide à bien travailler. Visiblement, les patrons ont toujours été content de moi. Je ne les ai jamais entendu dire le contraire en tout cas, et c'est parce qu'ils étaient contents que j'ai eu droit à mon horaire sur mesure. Pourtant, j'ai eu des coups de gueule, des coups de blues, j'ai beau être d'une humeur relativement constante, en dix ans, on a des hauts et des bas! J'essaye de ne faire chier personne, mais je ne me lie pas d'amitié non plus (ce problème relationnel dont j'ai parlé la dernière fois...). A l'heure actuelle, j'aime tout ceux avec qui je travaille (et je ne parle pas seulement des acheteurs, il y a aussi tous les autres), et, même s'ils n'en ont pas forcément conscience, je tiens vraiment à eux, je les adore, ils sont ma deuxième famille, quels que soient leurs défauts et leurs qualités, je les aime tels qu'ils sont! On me reproche souvent ma franchise (ce blog ne va rien arranger), mais j'y tiens! Je dois pourtant avouer que je ne sais pas vraiment m'y prendre. Plus d'une engueulade aurait pu être évitée si j'avais pris mon mal en patience... Un peu trop impulsive peut-être... Puis j'aime pas trop le changement. Au bout de dix ans, on se sent en confiance, à sa place, et il est difficile de se dire qu'au fond, on ne reste qu'un numéro et qu'on ne maîtrise absolument rien... J'adore ce boulot, je ferais n'importe quoi pour que ce magasin fonctionne, mais je ne suis qu'une employée qui, au fond, à juste le droit de la fermer. Pas toujours facile, mais jusqu'ici, c'est passé...
Je reste la plupart du temps au comptoir pour accueillir les clients, et mes rayons sont donc à proximité. L'informatique, la médecine, les partitions, la science fiction, la notation des grands formats, répondre aux mails et m'occuper de la page Fb et de Twitter. C'est facile, peut-être un peu trop, mais j'adore ça et ça me permet de garder les achats de livres comme activité principale!

Voilà pour l'équipe des acheteurs. Deux gonzesses et trois pédés, une team de choc!!! Prunelle est hétéro, mais il n'est plus acheteur... Tous des grandes gueules, obligé pour faire ce boulot (on donne de l'argent, donc faut avoir du répondant histoire de pas se faire arnaquer!).
Eviter d'emmener vos enfants si vous venez nous voir: nos conversations sont généralement interdites aux moins de 18 ans...

"Il est dix heures, on se sort les doigts du cul!"

Le magasin pour lequel je bosse, dans ma tête, c'est ça:


J'y vais depuis que je suis toute petite, et j'adore depuis toujours. Me balader dans les rayonnages plein de livres, c'est un des trucs que je préfère.
Ce n'est pas comme une librairie où l'on ne trouve que des livres récents, où les invendus de l'an dernier ont été jetés. Ce n'est pas non plus une bibliothèque, déjà plus attrayante pour ses vieux ouvrages, mais où l'on ne peut qu'emprunter. Non, c'est un magasin, où l'on peut acheter, pas cher en plus, des vieilles revues, des romans récents, des vieilles éditions des classiques, des BD's, des livres de toutes sortes, de toutes origines, de toutes époques, pour peu qu'on ait du temps pour fouiller et qu'on ne soit pas allergique à la poussière! Rrrhhaaa Lovely!!!
L'idée de toutes ces histoires, de toutes ces vies, qui attendent couchées sur les pages qu'on les dévore, ça me rend toute chose! Oui, j'avoue, je suis très curieuse! Lire un livre, c'est être dans la tête de l'auteur, et j'aime ça.
Et, au-delà de ce que contiennent les pages, j'aime l'objet. Je trouve qu'un livre, c'est beau. Bien sûr, il y en a de plus beaux que d'autres, mais même le bête poche rectangulaire a du charme à mes yeux. J'aime tourner les pages, lire les lettres, qui se transforment en mots, qui forment des phrases, qui me racontent une histoire... Un peu nunuche peut-être, mais les histoires d'amour ne le sont-elles pas souvent? Et, les livres et moi, c'est de l'amour!
Si on veut jouer les psy, on se rendra compte que mes relations avec les êtres humains sont parfois compliquées... Peut-être qu'à force de rester la tête penchée sur mes bouquins, je suis devenue un peu asociale. Ou peut-être qu'à force d'avoir du mal à gérer les relations humaines, je me suis un peu trop penchée sur mes bouquins... Je ne sais pas, pas trop fan des psy en ce qui me concerne...
Les livres, c'est un excellent moyen d'être proche des gens, très proche, intimement parfois, sans pour autant se frotter à eux. Disons que je suis une philanthrope-misanthrope. J'aime la vie, j'aime les gens, mais j'ai parfois l'impression que je ne les comprends pas plus qu'ils ne me comprennent. Je ne sais pas toujours comment m'y prendre... Peut-être un peu trop timide, ou trop conne, ou les deux...
Bref, on s'en fout!
C'était il y a dix ans! J'ai envoyé mon CV sans trop y croire, parce que ce magasin, c'était une véritable caverne d'Ali Baba pour moi, car c'est un des endroits où je me sens le mieux, où je me sens chez moi, car c'était le boulot dont je rêvais, au milieu des livres!
Je n'avais jamais fait attention aux employés qui déambulaient dans le magasin, mais ça a été une merveilleuse surprise.
Non seulement, je travaillais dans le magasin le plus fabuleux de Bruxelles à mes yeux, mais en plus mes collègues étaient mieux que tout ce que j'aurais pu imaginer!
Et, cerise sur le gâteau, j'ai été engagée comme "acheteuse".
Nous n'avons pas de fournisseurs, nous ne passons pas de commande, le seul moyen d’acquisition des livres que nous vendons, c'est l'achat aux particuliers. Parfois, nous rachetons quelques fin de stocks pour les fêtes, mais le reste, ce sont les gens qui nous l'apportent au magasin, au comptoir achat, là où je suis!
Et, oui, définitivement, j'adore mon boulot!!!
Ce comptoir, c'est un peu une scène de théâtre! C'est irréel, c'est comme nulle part ailleurs!
Le matin, je me lève dans le monde normal, je me prépare dans le monde normal, je vais conduire mes enfants à l'école dans le monde normal, je prends le train le monde normal, je marche un petit peu dans le monde normal, et puis, je pousse la porte d'un microcosme unique, à part, irréel. Le monde dans lequel je travaille n'est pas normal, et c'est génial!
Quand j'ai appris à ma chère petite môman que j'allais travailler là, elle m'a dit: "T'es vraiment obligée de travailler ??? Ca pue là-bas!".
Bon, c'est vrai, on ne peut pas le nier, certains de nos clients ne sentent pas toujours la rose. Il y a, entre autres, une de nos habituées que nous appelons "Madame Caca". C'est pas méchant, c'est juste qu'on ne connaît pas son nom et que là, on est sûr que tout le monde sait de qui on parle...
Mais, en dehors des deux ou trois odorants à qui nous devons parfois demander de sortir, il y a des journalistes, des musiciens, des gens du quartier, des gens d'ailleurs, des habitués, ceux d'une seule fois, des jeunes qu'on voit vieillir, des vieux qu'on n'a peur de ne plus revoir, des gentils, des chiants, des bavards, des snobs, des paumés, des touristes, des fâchés, des amusés, des spectateurs, des piliers de comptoir, des curieux, des illettrés (surprenant dans un magasin de livres, et pourtant...), des érudits, des vrais bruxellois, des religieux, des retraités, des étudiants, etc.
Notre clientèle est aussi diversifiée que nos bouquins...
Et pareil pour les employés! Psy, historien, photographe, artiste, traducteur, prof, acteur, ou sans qualification particulière, la plupart ont débarqué là par hasard, certains restent, d'autres partent... J'en ai vu défiler, des employés, des clients, des livres...
En conclusion, même si je doute que qui que ce soit lise ceci, et encore moins jusqu'au bout vu la tartine que je viens d'écrire, ce blog est là pour me rappeler... Le vent du changement souffle fort sur mon petit microcosme, et j'ai besoin de réunir un maximum de bons souvenirs, vite, avant qu'on disparaisse dans les brumes de l'indifférence...
Donc je ferme les yeux, je fais un petit plongeon en arrière, le comptoir achat est dans le magasin, porte d'entrée à ma gauche, couloir des livres poches à ma droite, odeur de café et de cigarettes (on pouvait encore fumer à l'intérieur, ô joie!), Prunelle (c'est le boss, on va l'appeler comme ça, comme dans Gaston, ce sera très bien!) s'avance vers la porte pour l'ouvrir en criant: "Il est dix heures, messieurs, dames, on se sort les doigts du cul, on éteint sa clope, le magasin ouvre ses portes!"