Le magasin pour lequel je bosse, dans ma tête, c'est ça:
J'y vais depuis que je suis toute petite, et j'adore depuis toujours. Me balader dans les rayonnages plein de livres, c'est un des trucs que je préfère.
Ce n'est pas comme une librairie où l'on ne trouve que des livres récents, où les invendus de l'an dernier ont été jetés. Ce n'est pas non plus une bibliothèque, déjà plus attrayante pour ses vieux ouvrages, mais où l'on ne peut qu'emprunter. Non, c'est un magasin, où l'on peut acheter, pas cher en plus, des vieilles revues, des romans récents, des vieilles éditions des classiques, des BD's, des livres de toutes sortes, de toutes origines, de toutes époques, pour peu qu'on ait du temps pour fouiller et qu'on ne soit pas allergique à la poussière! Rrrhhaaa Lovely!!!
L'idée de toutes ces histoires, de toutes ces vies, qui attendent couchées sur les pages qu'on les dévore, ça me rend toute chose! Oui, j'avoue, je suis très curieuse! Lire un livre, c'est être dans la tête de l'auteur, et j'aime ça.
Et, au-delà de ce que contiennent les pages, j'aime l'objet. Je trouve qu'un livre, c'est beau. Bien sûr, il y en a de plus beaux que d'autres, mais même le bête poche rectangulaire a du charme à mes yeux. J'aime tourner les pages, lire les lettres, qui se transforment en mots, qui forment des phrases, qui me racontent une histoire... Un peu nunuche peut-être, mais les histoires d'amour ne le sont-elles pas souvent? Et, les livres et moi, c'est de l'amour!
Si on veut jouer les psy, on se rendra compte que mes relations avec les êtres humains sont parfois compliquées... Peut-être qu'à force de rester la tête penchée sur mes bouquins, je suis devenue un peu asociale. Ou peut-être qu'à force d'avoir du mal à gérer les relations humaines, je me suis un peu trop penchée sur mes bouquins... Je ne sais pas, pas trop fan des psy en ce qui me concerne...
Les livres, c'est un excellent moyen d'être proche des gens, très proche, intimement parfois, sans pour autant se frotter à eux. Disons que je suis une philanthrope-misanthrope. J'aime la vie, j'aime les gens, mais j'ai parfois l'impression que je ne les comprends pas plus qu'ils ne me comprennent. Je ne sais pas toujours comment m'y prendre... Peut-être un peu trop timide, ou trop conne, ou les deux...
Bref, on s'en fout!
C'était il y a dix ans! J'ai envoyé mon CV sans trop y croire, parce que ce magasin, c'était une véritable caverne d'Ali Baba pour moi, car c'est un des endroits où je me sens le mieux, où je me sens chez moi, car c'était le boulot dont je rêvais, au milieu des livres!
Je n'avais jamais fait attention aux employés qui déambulaient dans le magasin, mais ça a été une merveilleuse surprise.
Non seulement, je travaillais dans le magasin le plus fabuleux de Bruxelles à mes yeux, mais en plus mes collègues étaient mieux que tout ce que j'aurais pu imaginer!
Et, cerise sur le gâteau, j'ai été engagée comme "acheteuse".
Nous n'avons pas de fournisseurs, nous ne passons pas de commande, le seul moyen d’acquisition des livres que nous vendons, c'est l'achat aux particuliers. Parfois, nous rachetons quelques fin de stocks pour les fêtes, mais le reste, ce sont les gens qui nous l'apportent au magasin, au comptoir achat, là où je suis!
Et, oui, définitivement, j'adore mon boulot!!!
Ce comptoir, c'est un peu une scène de théâtre! C'est irréel, c'est comme nulle part ailleurs!
Le matin, je me lève dans le monde normal, je me prépare dans le monde normal, je vais conduire mes enfants à l'école dans le monde normal, je prends le train le monde normal, je marche un petit peu dans le monde normal, et puis, je pousse la porte d'un microcosme unique, à part, irréel. Le monde dans lequel je travaille n'est pas normal, et c'est génial!
Quand j'ai appris à ma chère petite môman que j'allais travailler là, elle m'a dit: "T'es vraiment obligée de travailler là??? Ca pue là-bas!".
Bon, c'est vrai, on ne peut pas le nier, certains de nos clients ne sentent pas toujours la rose. Il y a, entre autres, une de nos habituées que nous appelons "Madame Caca". C'est pas méchant, c'est juste qu'on ne connaît pas son nom et que là, on est sûr que tout le monde sait de qui on parle...
Mais, en dehors des deux ou trois odorants à qui nous devons parfois demander de sortir, il y a des journalistes, des musiciens, des gens du quartier, des gens d'ailleurs, des habitués, ceux d'une seule fois, des jeunes qu'on voit vieillir, des vieux qu'on n'a peur de ne plus revoir, des gentils, des chiants, des bavards, des snobs, des paumés, des touristes, des fâchés, des amusés, des spectateurs, des piliers de comptoir, des curieux, des illettrés (surprenant dans un magasin de livres, et pourtant...), des érudits, des vrais bruxellois, des religieux, des retraités, des étudiants, etc.
Notre clientèle est aussi diversifiée que nos bouquins...
Et pareil pour les employés! Psy, historien, photographe, artiste, traducteur, prof, acteur, ou sans qualification particulière, la plupart ont débarqué là par hasard, certains restent, d'autres partent... J'en ai vu défiler, des employés, des clients, des livres...
En conclusion, même si je doute que qui que ce soit lise ceci, et encore moins jusqu'au bout vu la tartine que je viens d'écrire, ce blog est là pour me rappeler... Le vent du changement souffle fort sur mon petit microcosme, et j'ai besoin de réunir un maximum de bons souvenirs, vite, avant qu'on disparaisse dans les brumes de l'indifférence...
Donc je ferme les yeux, je fais un petit plongeon en arrière, le comptoir achat est dans le magasin, porte d'entrée à ma gauche, couloir des livres poches à ma droite, odeur de café et de cigarettes (on pouvait encore fumer à l'intérieur, ô joie!), Prunelle (c'est le boss, on va l'appeler comme ça, comme dans Gaston, ce sera très bien!) s'avance vers la porte pour l'ouvrir en criant: "Il est dix heures, messieurs, dames, on se sort les doigts du cul, on éteint sa clope, le magasin ouvre ses portes!"

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